Gears repetita [Gears of War 4, Xbox One]

Sorti à la fin 2016. Quatrième et plus récent épisode d’une saga qui en compte cinq. A fortement contribué à la massification  du jeu de tir à la troisième personne « déplacement-couverture-tir » depuis 2006. S’est illustré notamment par un mode coopératif, des scènes d’action épiques et gores. Après avoir été le fer de lance des exclusivités Xbox 360, GoW4 représente le premier opus jouable également sur PC. Est soutenu par une communauté de joueurs compétitifs assez large, particulièrement aux USA. Maintenant que le profil est tiré, une fois n’est pas coutume, je vais vous raconter un peu ma vie.

Gears of War 4 Marcus Xbox one

Les nouveaux personnages ont un physique plus « humain », moins « boîte de conserve », mais sont aussi moins attachants.

Attention, je préviens : ça va spoiler. Mush est moi avons une tradition. Depuis le premier Gears of War, on se retrouve pour suivre les aventures de Marcus Fenix, cette espèce d’archétype du guerrier futuriste, à la musculature sur-développée et au faciès carré, qui aurait fait rougir Picasso. Accompagné par son pote de toujours, Dominic Santiago, et les deux « buddies »/ressorts comiques, Cole et Baird. En 2006, on y découvrait les mécaniques qui allait faire le succès de la série, une scène d’intro mémorable qui débouchait sur l’évasion fracassante de Marcus d’une prison haute-sécurité. En 2008, on poursuivait la guerre contre les Locustes et on s’extasiait devant des séquences plutôt épiques et violentes. En 2008, on s’accrochait une dernière fois au scénario, pour lever le voile sur la conclusion de la saga. La lassitude commençait à poindre son nez mesquin. Le « spin-off » Judgement n’avait pas su retenir notre attention jusqu’au bout. Et voilà que Microsoft annonce un nouvel épisode qui débarque donc en 2016. 10 ans plus tard, nous on a changé, le jeu lui, non. C’est de ça dont j’ai envie de vous parler.

Gears of Bro’

Gears of War 4 Xbox One crade

Le côté gluant est bien représenté, mais les nouveaux ennemis sont indifférencié des anciens Locustes.

Pourquoi écrire sur Gears of War 4 maintenant ? Sorti il y a plus d’une année (ça passe à une de ces vitesses, mon pauvre ami), l’actualité n’est plus de toute fraicheur. Mais peu importe. Le fait est qu’aujourd’hui on a plus vingt ans (…) et qu’on ne joue plus de la même manière, ni surtout au même rythme. Quand on pouvait facilement dégager plusieurs soirées de suite pour se lancer dans des batailles sanglantes à coup de tronçonneuses, c’est devenu maintenant beaucoup plus compliqué. Au passage, je remarque que le côté violent était l’une des cartes « fortes » lors de la sortie du premier jeu et que cet aspect est désormais complètement écarté. Un peu trop lisse le nouveau venu ? Revenons à la raison de cet article, je vois que tu t’impatientes, ami lecteur. Pour nous, Gears of War 4 est arrivé sans trop de fracas, mais la corde de la camaraderie fraternelle a pourtant vibré. Au souvenir du bon vieux temps quoi ! Sauf qu’il faut désormais compter avec la vie de famille, les horaires du boulot qui s’éternisent, les soirées « pas ce soir j’ai la migraine » ; joies de l’adulte responsable. C’est donc en jonglant entre les couches, les rapports à rendre et la paix des ménages, qu’il nous a fallu pratiquement un an pour terminer la campagne du jeu. Car oui, c’est hier soir que nous avons vu défiler le générique de fin. Et…. Et c’était nul, bordel !!

Gears of couards

Gears of War 4 Xbox One meteo

Senor Météo
Quando dit qu’il fait beau.

Bien évidemment, on n’attendait pas de miracles ! Nos premières impressions lors de la Gamescom 2016 annonçaient déjà la couleur (en l’occurrence : une palette de gris). Mais on était en droit d’espérer un minimum de renouveau. Sans surprise, la fameuse météo, présentée lors de notre rencontre avec l’équipe de développement comme étant le gros plus du jeu, n’intervient qu’à quelques reprises. Et sans surprise non plus, cela n’influence pas vraiment la progression, à part la possibilité de tirer sur des éléments du décor (subtilement orange pétant), pour faire tomber des trucs sur les ennemis et cette phrase est trop longue. Le côté épique alors ? Le changement de studio parle de lui-même, puisqu’ Epic Games a cédé la place à The Coalition. Je joue sur les mots (et j’aime ça), mais ce changement s’illustre aussi par le fait que la sauce ne prend pas. On se contente, encore plus qu’avant, de passer d’une salle à l’autre, après l’avoir nettoyée. A peine a-t-on droit à une maigre scène en moto, scriptée à mort, dont se dégagent autant d’impressions de vitesse que lors d’un bain de foule en Papamobile. Le summum du n’importe quoi revient au scénario. OK, j’admets que notre rythme d’une partie tous les quatre mois et demi n’aide pas à maintenir le tout cohérent. Mais à chaque fois que nous relancions la sauvegarde, nous n’avions plus aucune idée de qui était qui et pourquoi on se trouvait dans une caverne ou des ruines.

Gears of War 4 Xbox One Boss

Vous trouviez les déplacements lourdingues? Essayez le robot géant. Au passage, voilà la tronche du boss de fin… [exclamation contenue],

« Ouais, mais bon, si tu joues à Gears of War pour le scénario, c’est que t’as pas choisi la bonne auberge, triple buse », pourrait argumenter le lecteur éloquent (ou Zyvon, parce qu’il n’y connait rien, mais il aime tacler), et encore une fois : je ne pourrais pas donner entièrement tort à cette analyse. N’empêche, c’est mal écrit et alors la fin… mais PU**** LA FIN !! Après une séquence poussive en robot géant, on affronte un boss qui n’en a pas l’air, cinématique de la fille qui tue sa mère infectée, Marcus qui lâche un « je savais » qui signifie que tout ce qu’on a fait n’a servi à rien, la fille ressort de la caverne, gros plan insistant sur le collier récupéré à l’instant sur la mère, on s’attend à un dénouement et….. POUF générique de fin ! Mais quoi ?! Qui ?! Mais !?! Pourquoi ?!! Tu la sens la nouvelle trilogie annoncée là ? Absurde. La trame est confuse et toutes les questions que l’on pouvait se poser sur le gouvernement de la CGU et son armée de robots : balayée. Tout ça pour ça. Superbe mise en abîme d’ailleurs, au travers d’une cinématique post-crédits, dans laquelle un personnage dont on avait complètement oublié l’existence, ressort du bide de la créature qui l’avait capturé et s’exclame : « Ben, où ils sont tous parti ?? ». On ne saurait résumer ça mieux.

Gears of déboire

Gears of War 4 Xbox One environnements

Les décors, sans être moches, ne sont pas non plus renversants et manquent parfois de détails.

En plus d’une valeur cathartique vis-à-vis de mon bouillonnement intérieur, cet article me permet de revenir sur un gros problème actuel de fonctionnement de notre loisir favori. Je m’apprête à défoncer à coup de santiag à clous des portes grandes ouvertes. Ceux qui ont l’habitude de trainer leur esprit critique sur des sites, des forums, des magazines, savent bien qu’il faut attendre avant de se ruer sur un jeu, que la précommande est un artifice commercial et que la hype qui entoure la sortie d’un jeu altère foncièrement les capacités de jugements. Si vous prenez le temps de nous lire c’est que vous êtes probablement de cette catégorie. Pas parce qu’on est meilleur que les autres, mais parce que vous savez réfléchir posément. Pour vous, ce n’est certainement pas grave de jouer à un jeu deux mois (voire même, une année !) après son lancement, pourvu qu’il soit bon. Je pose ça là très humblement, mais ce n’est pas nous qui allons changer la donne, même si on continue le combat ! Hasta siempre, Commodor64 (ceci est un jeu de mots polyglotte). Mais il serait peut-être grand temps que les sites les plus consultés endossent aussi une responsabilité dans l’alimentation de cette hype infondée. Prenons un exemple très concret et revenons sur la Gamescom 2016, puisque c’est là que nous avons fait connaissance avec Gears of War 4. Tandis que nous étions occupés à nous rendre compte que « bof ça va quand même être bien naze », voilà ce qui était dit sur jeuxvideo.com (d’ailleurs, on est derrière lui pendant qu’il parle)

« Classique, mais efficace » ? Non, pas efficace pour un sou ! Je regrette vraiment que ce genre de grand site n’ose pas se positionner, mais préfère viser la rentabilité du clic (le test final lui décernait la note de 17 sur 20 et concluait sur un « on ne l’attendait pas si haut » qui me laisse coi). Mes santiags n’ont pas pris un pli. Elles peuvent encore faire bouger un peu d’air en énonçant qu’un jeu comme Gears of War 4 est évidemment pensé pour la couche « pop-corn » du public. Les gloussements « amazing » des journalistes américains, lors de la Gamescom, encore une fois, ne l’illustrent que trop bien. Mes santiags sont hystériques.

Gears of War 4 Xbox one cartes microtransactions

Bien entendu, on ne coupe pas aux exaspérantes loot boxes et la gestion des cartes d’optimisation. (Ici l’interface web).

Le jeu vidéo, un média d’enfants.

Gears of war 4 Xbox One multi

Le multi-plateforme en ligne permet de jouer sans problème depuis sa Xbox One, avec quelqu’un sur PC. Le mode horde, qui demande de collaborer pour repousser des vagues d’ennemis, en renforçant sa position avec des tourelles, est accrocheur, mais vite lassant.

Aborder Gears of War 4 de cette manière m’amène à une réflexion à plus large échelle. Il y a quelques semaines, le magazine CanardPC (n° 374, 1 février 2018), définissait le « crunch » (pratique consistant à surcharger en heures supplémentaires la dernière ligne droite de création d’un jeu), comme étant « symbole de l’immaturité de l’industrie du jeu vidéo et cause de son incapacité à grandir » (p.44). Il m’est avis que ce manque s’illustre à différents degrés et freine, probablement, le jeu vidéo dans son acceptation en tant que culture reconnue. Il n’est pas rare d’entendre des plaintes parmi les joueurs concernant des préjugés et des aprioris tenaces. Pour y mettre un terme, il est crucial que le niveau de maturité soit rehaussé par tous ses acteurs. Vous aurez saisi l’ironie, puisque l’un des clichés persistants est celui d’un média infantile. Pour convaincre que le jeu vidéo n’est définitivement pas réservé aux enfants, il est essentiel que ses protagonistes cessent de se comporter en tant que tel (tout doux, les santiags, tout doux). Une industrie pleine de caprices, malgré son âge avancé et qui souffrent d’un manque de cadre, des joueurs qui acceptent des jeux à l’originalité cruellement absente, et des journalistes, pas tous, qui refusent d’endosser un rôle plus critique qu’exalté. Gary-de-Fellowsheep.ch me disait l’autre jour que la plupart des tests de Dragon Ball Fighter Z sont sortis alors que le mode en ligne n’était pas disponible (le sien est accessible ici). Ces articles collent donc de superbes notes, sans pouvoir prendre en compte un des aspects primordiaux (si ce n’est le plus central pour un jeu de combat). Maintenant que les affrontements en ligne sont ouverts, il s’avère catastrophique et le temps d’attente excessivement long entre chaque partie est complètement antinomique avec les mécaniques rapides et nerveuses du titre de Blaze Blue. Cet exemple montre également à quel point il est plus que nécessaire de récolter des infos avant d’investir dans un jeu et de considérer qu’il n’est pas si capital d’y jouer le jour de sa sortie (alors que revoilà les santiags).

Bref, je ne sais pas ce que j’espérais en jouant à Gears of War 4. Ni en rédigeant cet article. Mais je sais en revanche qu’il ne faudra pas acheter Gears of War 5.

Jouable sur Xbox One et pour la première fois également sur PC.

Note: 3 récidives sur 10

Author: Founet

A ne pas confondre avec le village vaudois, est à peine plus jeune qu’une Famicom. Vouant un culte à George, il découvrit son amour du jeu vidéo et de la techno allemande pendant les grandes années de Lucas Arts. De ses nombreuses heures passées à cliquer lui vient son humour absurde et sa cleptomanie. Frappé d’une mystérieuse malédiction, les machines semblent se rebeller lorsqu’il les manipule ou fait mine de les regarder. Founet ne roule jamais en-dessous de 88 miles à l’heure et rêve de maîtriser la télékinésie grâce à la Force. En attendant de passer maître Jedi, il joue à la Wii U. Accessoirement rédacteur en chef, quand il arrive à se faire entendre des autres, qui mettent le son trop fort, les farceurs.

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