« I do not know how the Third World War will be fought, but I can tell you what they will use in the Fourth — rocks ! » – Einstein [Wasteland 2, PC]

Fallout, c’est un peu le Star Wars des jeux vidéo. Il y a fort longtemps, des types brillants ont créé un jeu, puis un deuxième, qui sont devenus, depuis, les canons d’un genre toujours bien présent sur PC: les RPG post-apocalyptique. Mais pas seulement. On peut facilement annoncer que quasiment n’importe quel style de jeu se déroulant dans un univers post-apo, comme on dit, aura presque forcément, des traits communs à ces deux illustres ancêtres.

Puis il y a eu des suites plus ou moins réussies et appréciés: Fallout Tactics (un tactical shooter sympa sans plus), Fallout 3 (une sorte d’Oblivion dans les terres dévastées, le Jar Jar Binks de la licence), Fallout New Vegas (comme le 3, en mieux et avec une vrai ambiance falloutienne). La communauté fantasme donc depuis bien longtemps maintenant sur le retour d’un vrai « Fallout 3″ dans la veine des deux premiers opus.

C'est bien les guerres atomiques, ça stimule la créativité.

C’est bien les guerres atomiques, ça stimule la créativité.

Et là, paf, Brian Fargo, le producteur du Fallout original et le directeur de Wasteland premier du nom (RPG post-apo qui a mis en place les bases de cet l’univers si particulier), annonce qu’il lance une campagne de crowdfounding dans le but d’offrir une suite à ce glorieux précurseur (Wasteland donc, pas Fallout, je clair ne pas?).

Branle-bas de combat chez les fans qui vont assez vite trouver quasi trois millions de dollars (alors qu’il n’en demandait que 900’000, le bougre). Et voilà que le brave Brian se met au travail avec, entre ses petites mains calleuses, l’avenir du monde libre. Enfin, c’est comme ça que les fans l’on ressenti pendant la période de développement.

Oui, je l’admets, cette introduction est plutôt conséquente. Mais il s’agit ici d’un mal nécessaire. On parle quand même d’un véritable mythe du monde du jeu vidéo.

L’art de la Xyloglossie!

Alors tient-on enfin le « Fallout 3 » tant attendu? Ou du moins son vrai fils spirituel? Est-ce le retour du messie? Je vais vous le dire Monsieur Delahousse.

Madame Deth

Madame Deth

Mais d’abord, permettez-moi d’écrire ce test dans les règles de l’art. Nous conclurons celui-ci à la fin et les réponses à ces questions seront, n’en doutez point, données de manière opportune au moment voulu. Tout vient à point à qui sait attendre. Qui sème le vent récolte la tempête. Tant va la cruche à l’eau, etc, etc, etc.

Nous sommes dans ce qui reste de l’Arizona après une grande guerre nucléaire. Les survivants se sont réorganisés en plusieurs sociétés primitives, dans lesquelles la nourriture, l’eau, l’électricité et les armes sont devenus les ressources les plus précieuses. Au milieu de cet univers, les Desert Rangers se sont constitués en force de l’ordre et tentent de faire régner un semblant de justice, tout en offrant leur protection à de petites communautés.

Contrairement à un jeu de rôle traditionnel, mais par contre dans le droite ligne de son ancêtre, Wasteland 2 ne nous permet pas de jouer un personnage quelconque, mais nous place à la tête d’une escouade de quatre Desert Rangers peu expérimentés, avec pour conséquence l’obligation de devoir, dès le début, suivre la ligne de cette faction. Il sera possible de compter jusqu’à sept personnes dans son équipe mais nous ne pourrons modifier complètement que les quatre personnages de base qui, seuls, commencent avec une fiche de personnage entièrement vierge.

Vous avez dit compétences ?

Vous avez dit compétences ?

L’effet papillon

Ici, le premier bon point se situe dans l’absence de build ultime. C’est vite vu, il n’est pas vraiment possible d’être le meilleur en tout. Il va déjà falloir faire des choix définitifs, spécialiser son équipe et ce, sans savoir le genre de problème qu’elle va avoir à résoudre. Et c’est vraiment chouette. On se retrouve avec un vrai sentiment de découverte et d’aventure, avec des moments de frustration quand, par exemple, il est impossible d’ouvrir une porte car notre escouade ne possède pas de compétences assez élevées, que ce soit en crochetage, en explosif ou en force brute. Alors on s’éloigne, on va faire autre chose, on discute avec le cowboy du village de ses problèmes et on remarque qu’il est sensible à notre baratin. Tellement qu’il décide d’aller ouvrir la fameuse porte. Jubilation !

C’est un exemple plutôt simpliste d’arc de possibilités et de résolution de problèmes. Mais il en existe de beaucoup plus grands et complexes. Certaines actions anodines peuvent ainsi déclencher des événements dramatiques à l’autre bout du désert. La résolution d’une situation à priori assez clair, imaginons sauver une jeune femme endetté de la vengeance d’un esclavagiste, peut compromettre toute solution pacifique avec un autre groupement plusieurs heures plus tard.

L’intrigue (ou plutôt le monde) de Wasteland 2 constitue une toile fragile et complexe. Il est impossible de tirer sur un fil sans que ce dernier ne modifie d’autres parties de l’ensemble. C’est extrêmement jouissif, particulièrement immersif et permet d’offrir une rejouabilité en terme de vécu in game vraiment intéressante.

« Le mieux est l’ennemi du bien » – Voltaire

Wasteland 2 n’est pas très beau mais ça n’a pas vraiment d’importance. Dans les RPG, qui sont souvent des transpositions vidéo ludiques du bon vieux jeu de rôle papier, les points les plus critiques se situent aux niveaux de l’écriture, de la liberté d’action en termes de résolution de quête et de choix.

On a connut plus beaux graphismes... Mais c'est la beauté intérieure qui compte non ?

On a connut plus beaux graphismes… Mais c’est la beauté intérieure qui compte non ?

Ces points, déjà en partie abordés ci-dessus, sont de plus parfaitement soutenus par une qualité d’écriture et de dialogue de très bonne facture. Certes, ce n’est pas parfait, on croise de temps en temps certains poncifs inhérents au genre avec quelques quêtes fedex et un ou deux personnages un peu cliché. Mais dans l’ensemble, le jeu reste très bon à ce niveau et évite les principaux lieux communs du RPG aventure ou parvient même à s’en moquer. En effet, Wasteland 2 est bourré de clins d’œil et fait du fan service à foison mais fait l’effort de le faire avec finesse, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Alors c’est parfait? Le RPG du siècle? Non bien sur, il subsiste quelques défauts. Premièrement, le système de dialogue à base de mots clés, plutôt bien pensé, n’est pas si clair et puissant que ce qui avait été annoncé. En effet, théoriquement, il est possible d’écrire des mots clés non proposés pour découvrir de nouveaux dialogues et de nouvelles résolutions de quête. Seulement, ces options sont trop peu implémentés ce qui provoque l’abandon naturel des essais du joueur après quelques dizaines de tentatives infructueuses.

Autre reproche, quand bien même le jeu est sorti remarquablement propre en termes de bugs dans sa première partie du jeu (qui en contient deux), la seconde moitié a souffert de quêtes bloquées et autre bugs rédhibitoires pendant quelques semaines. Au point que nombre de joueurs échaudés ont attendu un certain temps avant de commencer cette dite partie. Aujourd’hui, tout est presque rentré dans l’ordre mais quand même, ça fait un peu tache même pour un jeu semi-indé.

Aaahh ben le voilà le scorpion !

Aaahh ben le voilà le scorpion !

Il reste une dernière chose pas extraordinaire à exposer, le combat tactique. Rassurez-vous, tout de suite, cet aspect du jeu est relativement bien implémenté et pas inintéressant. Le problème, c’est qu’il est loin d’avoir la profondeur tactique d’un XCOM par exemple. Ça n’aurait pas beaucoup d’importance si on était dans un Fallout traditionnel, dans lequel on peut facilement éviter presque tous les affrontements. Mais ici, on joue des « gardiens de la paix » et dans ce cas, il est inévitable, logiquement, de devoir faire parler la poudre (ou le laser, ou la hache) pour faire respecter sa putain d’autorité. Avec une contrainte pareil, j’aurais donc souhaité quelque chose d’un peu plus couillu à ce niveau.

Conclusion

On tient certainement le RPG de l’année  (oui de l’année 2014, Semper Ludo in da place). Mais niveau Fallout ? C’est un bon RPG post-apo certes, mais ce n’est pas le fils de son très Saint Père. On a plutôt droit au cousin très sympa qui aime un peu trop jouer avec ses armes. Alors oui, il a de la conversation et on pourrait rester discuter avec lui toute la nuit et passer de supers moments, mais on sent très bien que ce n’est pas le bon. « Tu es mon âme sœur, je préfère qu’on reste ami ». Bam.  Par contre, ça augure du très très bon pour la suite, quand on sait que les développeurs taffent sur deux projets de jeux de rôle en construisant sur ce succès. TRU3 RPG 1S B4CK B4BY!

Note : 8 becquerels / 10   

Pour finir, les palmiers, les femmes en bikini, aaaahhh Los Angeles. Oui je spoile.

Pour finir, les palmiers, les femmes en bikini, aaaahhh Los Angeles. Oui je spoile.

 

Author: Zyvon

Élevé à la dure par des parents aux penchants amish, hermétiques à la technologie, l’accès aux jeux vidéo n’a pas été facile pour Zyvon. C’est en utilisant l’argent de sa bar-mitzvah, reçu lors de sa première communion, qu’il s’acheta lui-même un ticket pour les mondes diaboliques de la perversion sous la forme d’une Megadrive. #TeamSonic. Malheureusement, il vécu la crucifixion du hérisson bleu comme une trahison et renonça à jamais aux consoles, pour rejoindre les rangs bénis et accueillant de la glorieuse “PC Master Race”, en jurant qu’on ne l’y reprendrait plus. Son éducation sévère mais néanmoins rustique, lui a donné le gout des choses bien faites et faites jusqu’au bout. Zyvon est dur mais juste mais dur.

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