La main indicible [The Innsmouth case]

Le 23 juin 2020 sortait The Innsmouth case, développé par Robotpumpkin Games et édité par Assemble Entertainment. Cette aventure interactive prend pour toile de fond le roman L’ombre sur Innsmouth (H.P. Lovecraft, 1936). Enquête de type film noir, abominations et humour se côtoient, pour le meilleur et pour le pire. Alors, sortez le whisky, votre vieux trench-coat et les clopes bon marché, ça va sentir le poisson.

 

Les spams de Cthulhu the Innsmouth case

Howard Phillips Lovecraft est un écrivain américain connu et reconnu pour ses récits fantastiques, d’horreur et de science-fiction. Son œuvre a eu un impact phénoménal sur la culture populaire et a influencé moult auteurs et artistes, notamment Stephen King, Clive Barker, Alan Moore, John Carpenter et H.R. Giger. Ses histoires sont, pour la plupart, connectées entre elles et son univers étendu (ouais, c’est pas vraiment Marvel qui a inventé le concept) a été enrichi par de nombreux confrères après sa mort. The Innsmouth case

la grande race des yith qui fait toujours plaisir

L’internationale c’est dépassé, pour un communisme intergalactique

 

Toutefois, sa vision réactionnaire, raciste et misogyne est plus que problématique. Bien que ses convictions aient été avant tout intellectuelles, très liées à son époque et sa classe sociale, son idéologie n’en demeure pas moins fascisante. Si, à la fin de sa vie, il a reconnu que ses préjugés étaient fondés sur sa méconnaissance du sujet et qu’il regrettait beaucoup de ses prises de position, il reste un personnage, bien que torturé et fascinant, à prendre avec des pincettes XXL. Raison pour laquelle The Innsmouth case commence par un avertissement dans lequel les développeurs concèdent admirer l’univers qu’il a créé sans pour autant souscrire aux thèses susmentionnées.

 

les choix moraux ont leur importance

Retour vers le turfu

Rigidité morbide

The Innsmouth case est un livre interactif, ni plus, ni moins (d’ailleurs, ce serait quoi, moins?). Le livre est présent à l’écran et en est la seule interface. On lit, parfois, on fait des choix et on tourne la page. Certains apprécieront sans doute ce parti pris littéraire, mais j’avoue trouver qu’il manque d’intérêt à mes yeux. Si j’ai envie de lire du Lovecraft, j’ouvre un bouquin. Sans être un accroc aux FPS sous acide, j’apprécie lorsqu’il y a un minimum de gameplay. Si le concept peut être acceptable sur PC, j’avoue me demander ce qu’en ont pensé les joueurs console. Un point and click aurait sans doute été plus vivant.

 

je mettrai un moins sur tripadvisor

Comment était votre séjour?

 

Les multiples fins possibles restent une consolation relativement réconfortante. C’est probablement la raison qui finira par me pousser à y rejouer (ça et ma mémoire sélective). Certaines sont très surprenantes, intervenant après moins d’une heure de jeu et vous « éjectant » de votre partie. Chaque choix a des conséquences sur la suite, voire mettra fin à l’aventure. On pourrait trouver ça vicieux, mais vous pourrez recharger le chapitre où vous étiez depuis le menu. Toutefois, vous devrez tout de même recommencer les mêmes séquences en boucle afin d’en tester toutes les possibilités. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça ruine un peu la tension qui avait réussi à se faufiler jusqu’ici.

 

this is the end

John Denver 4 ever.

Adaptation ? Est-ce que j’ai une gueule d’adaptation ??

Première différence entre le jeu et le roman : l’époque. The Innsmouth case se déroule de nos jours, là où les événements du livre avaient lieu autour de 1927. Les protagonistes sont également très différents. D’un fringant grand bourgeois amateur d’arts et de sciences (comme presque tous les héros lovecraftiens), on passe à un détective cynique, fauché et marginal. Ces deux points fonctionnent bien et facilitent l’immersion. Mais le changement le plus notable reste le ton du récit. Le roman est oppressant et dérangeant, contrairement au jeu qui joue la carte de l’humour et du décalage. C’est selon moi le choix le plus discutable [NDTeiki : n’est pas Day of the Tentacle qui veut]. Non qu’il échoue à être amusant, au contraire, mais ça a tendance à dédramatiser le contexte à outrance. Difficile de vous en dire plus sans spoiler le scénario, qui reste l’intérêt principal, quel que soit le média.

 

y'a de la péripétie là ou pas ??!

Votre esprit de déduction sera mis à rude épreuve

Arkham le rouge

La direction artistique est plutôt réussie. Les dessins sont inspirés et les animations, bien que très minimalistes, sont de bonne facture. Sans être extraordinaires, la musique et le sound design correspondent bien à l’ambiance des scènes et ne vous déconcentreront pas trop de votre lecture (c’est déjà ça). Les personnages sont très bien faits et cohérents avec le délire du jeu. Ils me font penser à un mélange entre un épisode des Simpsons spécial Halloween et une parodie grotesque à la Tim Burton. Je ne pense pas que ce soit une idée géniale, mais si c’était le but, c’est bien réalisé.

 

sacré Francis Lalane, toujours a déconner

Une dernière déclaration ?

 

The Innsmouth case n’est disponible qu’en anglais et en allemand. J’étais un peu inquiet au sujet du vocabulaire, le récit de référence datant des années 30 et l’auteur adorant les termes grandiloquents et liés au mysticisme. Je craignais de passer la moitié des parties sur Google traduction. Honnêtement, c’est relativement abordable. Autre aspect primordial du jeu : le sexe. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, dans ce jeu vous pourrez coucher avec tout le monde. Des filles de joie du port aux êtres amphibiens humanoïdes qui tiennent lieu d’antagonistes, en passant par une dame plus que centenaire, ça va être la fête du slip (si c’est votre truc).

 

les hommes poissons grenouilles ont droit à l'amour !!

Proposition indécente

Sons of Providence

J’en attendais probablement trop. Je confesse volontiers être extrêmement fan de la mythologie lovecraftienne, mais également des films noirs. Et tout comme Karine Lemarchand, j’adore rire. Mais force est de constater qu’en ce qui me concerne, ça ne prend pas. Un peu comme une mayonnaise dont les ingrédients ne se mélangent pas. Ce n’est jamais vraiment flippant à cause de l’humour presque omniprésent, qui tient plus des situations loufoques que des blagues (même si certaines m’ont fait marrer, soyons honnêtes). De plus, le gameplay inexistant me fait dire que j’ai été un peu dur avec Star Dynasties. The Innsmouth case enchaîne les mauvais choix, ce qui est dommage au vu du talent déployé par ailleurs sur beaucoup d’aspects. Si le concept vous plait, tant mieux pour vous, il en faut pour tous les goûts. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à vous recommander un roman dont vous êtes le héros. Ou encore la lecture du Maître de Providence. Attention toutefois, les textes sont vraiment rudes, tant pour l’horreur cosmique qui s’en dégage que pour les longues diatribes xénophobes dont j’ai parlé plus haut.

Note: 5 Fisherman’s friends sur 10

Testé sur PC, disponible sur Switch, Android, IOS, Mac OS, Xbox One, Playstation 4, Playstation 5

 

Author: Plissken

Élevé dans les hautes terres du Val-de-Travers, au sein d'une secte vénérant l'absinthe, il en fut banni à la suite de ses propos, bientôt qualifiés d'hérétiques. En effet, le visionnage du film «The Big Lebowski» lui fit remettre en question son éducation obscurantiste. Honni de tous, il hante désormais les supérettes vêtu d’un peignoir, sirote des russes blancs et joue sur son PC (c’est chiant comme Drucker, le bowling). Lors de ses moments de lucidité, il se plonge dans les écrits du Necronomicon afin de maudire les développeurs de DLC abusifs et de tailler le bout de gras avec les grands anciens. Virtuellement, Plissken se complaît dans les jeux moralement ambigus, absurdes et difficilement compréhensibles par le commun des mortels. Ses tests sont-ils autant maudits que son livre préféré ? Oserez-vous les lire ?

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