Du vin et des jeux [Card Shark]

Card Shark est une simulation d’action et d’aventure. Sorti le 2 juin dernier, il a été édité par Devolver Digital et développé par Nicolai Troshinsky et les indépendants du studio Nerial. Dans une France sous l’ancien régime, vous y incarnez un gueux muet et assez mal considéré. Toutefois, votre rencontre avec un noble filou pourrait bien rebattre les cartes. Votre mentor vous initiera à l’art subtil de la tricherie et vous introduira dans les salons feutrés dans le but de détrousser aristocrates et bourgeois. Alors, retroussez vos manches, et faites gaffe aux as planqués dedans…

 

L'avantage d'être muet, on ne répond pas à la provocation

Pas très sympa, la patronne !

 

Le valet passe à l’as

Comme toutes les bonnes histoires, celle-ci débute dans une taverne, dans le sud de la France. Après vous être fait copieusement enguirlander par votre acariâtre patronne, vous êtes repéré par un riche client qui engage la conversation. De simple grouillot, vous deviendrez le valet et l’élève du comte de Saint-Germain, escroc notoire au carnet d’adresses bien rempli. À la suite d’une déconvenue laissant votre employeuse sur le carreau, vous fuyez la ville de Pau avec votre noble professeur. Il vous conduira ensuite dans un campement de bohémiens où vous entraînerez votre habileté et apprendrez de nouveaux tours. Enfin viendra l’heure du départ pour les villes environnantes afin de plumer des notables fortunés.

 

J'aime beaucoup le style "vieux parchemin"

La map s’agrandit au fil de vos aventures

 

Dans Card Shark, vous rencontrerez des personnages hauts en couleur, tel ce cuistre de Voltaire, l’ancien mousquetaire Henri d’Aramitz, ou encore l’énigmatique comte de Cagliostro. Bien vite, vous comprendrez que votre mentor ne fait pas tout cela uniquement pour l’argent et qu’il se sert des parties de cartes pour obtenir des informations. Son enquête notamment autour de l’histoire « des douze bouteilles de lait » pourrait bien mener à des révélations concernant un complot lié au roi Louis XV. Je ne spoilerai rien ici, sachez juste qu’on vous ment, braves gens. Librement inspiré en partie du Barry Lyndon de Stanley Kubrick, le scénario est très bien ficelé.

 

Quel inénarrable cuistre !!

J’ai toujours préféré Rousseau…

 

Arnaques à la carte

Chaque technique de triche est un QTE différent. À l’instar d’un A Musical Story (Glee Cheese Studio, Digerati, 2022), le rythme y est extrêmement important. Si vous commettez une erreur, vous risquez fort de perdre la main en cours et la mise qui va avec. Chacune de vos actions fait augmenter la jauge de méfiance de vos adversaires, et si vous mettez trop de temps à accomplir une manipulation, vous serez démasqué. Lorsque vous êtes pris la main dans le sac, les choses dégénèrent très vite. Dans certains cas, vous serez jeté en prison, abandonnant ainsi vos deniers durement gagnés. Il arrivera également que vous soyez provoqué en duel, ce qui peut s’avérer légèrement stressant. Enfin, il se peut tout à fait que vous soyez exécuté sans autre forme de procès. Vous devrez donc négocier votre retour avec la mort elle-même.

 

C'est plutôt convivial en fait...

« Dialogue » avec la mort

 

Il s’avérera donc vital de bien écouter vos professeurs et de vous entraîner sans relâche, dans le but d’arriver à la table de jeu en maîtrisant bien votre arnaque. Lorsque vous êtes en route pour une partie, le comte vous proposera de vous exercer spécifiquement pour l’escroquerie à venir, ce que je vous conseille vraiment de faire. Dans certains cas, vous aurez le choix de la technique à adopter. Il est assez complexe de se rappeler de tout ce que vous avez appris, choisissez donc une approche que vous maîtrisez. Card Shark propose en effet vingt-huit ruses différentes. Vous apprendrez également à utiliser une rapière, à lancer des cartes avec précision et même à tricher à pile ou face.

 

Il m'en aura fait baver, ce gredin

Le mélange arrangé, un grand classique

 

Joker face

La direction artistique est somptueuse. D’abord, la musique qui semble tout droit sortie d’un film de cape et d’épée. Les sonorités des différents thèmes me font penser qu’ils ont probablement été réalisés avec des instruments d’époque. Les notes de clavecin vous plongeront sans problème dans l’ambiance, de même que le sound design très immersif. Visuellement, c’est fou ! Chaque décor ressemble à un tableau de maître. N’y connaissant pas grand-chose en peinture classique, je me garderai bien d’essayer d’en définir le style ou la période. Toujours est-il que j’ai été charmé au plus haut point. Les lumières, les contrastes, le cadre, les détails, tout est parfaitement harmonieux.

 

Les choses se corsent

Vos filouteries vous mèneront par exemple sur l’île de beauté

 

Les personnages sont quant à eux très bien définis sans être (trop) caricaturaux. Attachants, pitoyables, pédants ou détestables, chacun a sa personnalité marquée et marquante. Leur style m’a fait penser aux humains dans Babar, en plus vicieux. Enfin, concernant les dialogues, on est sur du bel ouvrage. Ils m’ont évoqué un mélange entre du Alexandre Astier et du Tarantino avec des petites saillies qui, sans être du Audiard, m’ont vendu du rêve. Le fait que le protagoniste soit muet ajoute du fun, avec un système de grimaces pas piqué des hannetons.

 

J'appelle ça l'arnaque au gros rouge qui tache...

In vino veritas

 

L’œil de taupe

Le principal défaut de Card Shark est selon moi sa difficulté. J’ai fait mes premières parties au niveau recommandé, et j’avoue avoir eu beaucoup de mal à avancer dans l’histoire. En effet, les adversaires devenaient méfiants beaucoup trop vite et ma dextérité limitée m’a envoyé au cachot plus souvent qu’à mon tour. Pour les besoins de ce test, j’ai abandonné tout honneur et je suis donc passé au niveau facile. Ce mode permet, entre autres, de zapper les phases de jeu que vous avez raté lors des essais suivants. Si cela m’a effectivement permis d’accélérer ma progression, le challenge avait pratiquement disparu. Je gage qu’un niveau intermédiaire eût été de bon aloi.

 

À condition de ne pas s'emmêler les pinceaux...

La tricherie c’est de l’art

 

De plus, cela ne marche pas pour les tutoriels, donc si vous ne comprenez pas ce qu’on attend de vous, ça ne vous aidera pas vraiment. Étant particulièrement mauvais en QTE, certains passages m’ont vraiment poussé à bout, comme l’apprentissage de cette foutue rapière. Demeurent toutefois tous les autres aspects positifs du titre et je n’irais vraiment pas jusqu’à dire que je me suis ennuyé, loin de là. Lors de ma prochaine partie, je prendrai le temps de jouer avec la complexité voulue par les développeurs. Par orgueil certes, mais aussi pour le stress et l’implication qu’il génère.

 

En réalité, cette embuscade était inévitable

Une fausse manip’ peut mener à de graves déconvenues

 

L’as de trèfle qui pique ton cœur

Certes, Card Shark n’est pas parfait. Outre la question toute relative de la difficulté, j’ai repéré de menus défauts. Il est par exemple impossible de redémarrer un entraînement si vous avez fait une erreur, vous obligeant à accomplir toutes les étapes et à revoir les animations au complet, avant de pouvoir recommencer. Si vous avez mal compris une explication du comte attendez vous à galérer, les nobles ne reformulent pas, ils s’agacent. Le gameplay n’est pas vraiment du type de ceux que j’adore, mais vu son concept je vois mal comment il aurait pu en être autrement. Mais honnêtement, son originalité, sa direction artistique et son humour m’ont complètement séduit. Cet opus vous fendra le cœur, tel un Escartefigue numérique. Notons enfin que ses quelques scènes violentes et l’ambiance parfois un peu glauque en font un jeu pas vraiment adapté au jeune public.

8 bonneteaux de filou/10

Testé sur PC via steam, disponible sur GOG, l’Epic Games Store, Switch, Mac OS

 

Author: Plissken

Élevé dans les hautes terres du Val-de-Travers, au sein d'une secte vénérant l'absinthe, il en fut banni à la suite de ses propos, bientôt qualifiés d'hérétiques. En effet, le visionnage du film «The Big Lebowski» lui fit remettre en question son éducation obscurantiste. Honni de tous, il hante désormais les supérettes vêtu d’un peignoir, sirote des russes blancs et joue sur son PC (c’est chiant comme Drucker, le bowling). Lors de ses moments de lucidité, il se plonge dans les écrits du Necronomicon afin de maudire les développeurs de DLC abusifs et de tailler le bout de gras avec les grands anciens. Virtuellement, Plissken se complaît dans les jeux moralement ambigus, absurdes et difficilement compréhensibles par le commun des mortels. Ses tests sont-ils autant maudits que son livre préféré ? Oserez-vous les lire ?

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