Des virages, du gravier et des larmes [WRC 10]

Non content de m’être pris ma dose de raclées lors de mon précédent test, j’en remets une couche et continue à dériver hors de ma zone de confort (depuis mon canapé). Cette fois-ci, c’est au rallye que je m’attaque avec WRC 10 ; pleins feux sur son gravier, ses murets, ses bugs et ses dérapages dignes d’un animateur du PAF.  Venez suivre les aléas de l’ascension fulgurante, et toute en courbe, de Jon La Joie, mon alter ego créé dans le mode carrière.

Jon, quelque peu fatigué du métro-boulot-dodo, décida un jour de se tourner vers le rallye pour pimenter sa morne vie. Vitesse-Dérapages-Tonneaux, un nouveau quotidien alléchant. Pour cela, rien de tel que le mode carrière hyper complet de WRC 10. World Rally Championship 10, donc, le nouvel opus de la très longue série de jeux de rallye des Français Kylotonn. Selon les bruits de couloirs, cette nouvelle déclinaison se veut plus ouverte au grand public. Jon, qui lui n’est pas bien grand, se senti d’autant plus ragaillardi par cette nouvelle et s’est lancé dans un premier contrat avec Ford.

Voilà donc un nouveau départ, une signature de partenariat, et donc une nouvelle Ford Focus, traction avant, plus de 200 chevaux. Un bel engin pour aller faire la ronde au Flon le dimanche matin. Mais Dieu que ça dérape vite. Qui donc a eu l’idée d’aller rouler si prestement sur du gravier, se demanda Jon ? Car le premier constat est accablant et sans pitié: il est affreusement mauvais en pilotage de rallye. Le chemin va être long. Et caillouteux.

 

Virage

Ceci est un virage. Eh oui.

Toujours rigole, jamais travail.

Les premières heures se déroulent donc principalement dans la rigole et sur le toit. Un pneu happé par une milliseconde d’inadvertance et de confiance aveugle dans l’idée qu’un jeu vidéo est fait pour s’amuser. Eh non, en fait ici on ne vous aide pas. Les poteaux ont été forgés en adamantium et les cailloux façonnés en Nokia 3210. Si un millimètre de votre pneu érafle ne serait-ce qu’un poil de ce brave panneau, si innocent, sur le bord de la route, c’en est fini de vous et de vos rêves de gloire.

 

arbre

Les points de compétences permettent d’améliorer son équipe, sa voiture ou encore la gestion de sa carrière.

 

Jon, telle une mule sysiphienne à quatre roues s’acharna donc à accumuler les chronos lamentables : 4 minutes de retard sur le premier, puis 3 et demi, puis 4 de nouveau. La honte coulant sur lui telle une sauce szechuan sur un canard laqué. En gros, il en dégoulinait. Mais il ne s’est pas arrêté pour autant.

Puis, certains réflexes se font. Moins de gaz, plus de doigté dans le freinage et l’accélération. L’oreille se fait aussi, on enregistre automatiquement les conseils du coéquipier. Long virage à droite, pas couper. Important, ne pas couper le virage. On vise constamment le centre de la route. On fait des exercices de respiration en pleine course, on reste concentré. C’est la guerre. Pas de rigole, le sergent-chef Müller avait raison.

 

vitesse

Et ça, c’est une ligne droite, suivie d’un virage. La technologie n’a plus de limites.

 

Dans ce mode carrière de WRC 10, Jon a eu le choix de s’inscrire à différents événements sur le calendrier. Entraînement, team building, repos (la sieste est un événement important), course constructeur ou encore un truc bizarre dans lequel on lui demande d’aller concourir dans une tempête avec une bagnole explosée. Jon est prêt à tout pour accéder au saint Graal: son premier rallye.

Après avoir sacrifié une Celica sur l’autel de Vatanen et Loeb, le premier rallye arrive enfin. Tellement traumatisant que Jon ne se rappelle même plus où il s’est déroulé. Il y en a eu tellement depuis. Concentration maximale, opération zéro rigole. Et là le miracle. Jon arrive à gratter la troisième place du podium. Un vrai exploit à la lumière de ses débuts d’une brillance douteuse.

 

Loin

WRC 10 est beau de près, mais loin d’être beau de loin.

 

Et puis, plusieurs rallyes gagnés plus tard, baignés de moments de bonheur et de rage. Arrive enfin un nouveau contrat avec Toyota, passage dans la catégorie supérieur. Une Yaris 4×4 surpuissante et qui adhère à la route comme une ventouse sur le crâne d’Alain Berset. Un moment d’adaptation, la conduite change complètement (du véhicule, pas d’Alain), puis tout un nouveau plaisir qui déboule avec ce nouveau véhicule. Les virages sont différents, les freinages aussi, et avec ça une envie renouvelée de s’améliorer encore, difficile de ne pas jubiler devant l’évolution du gameplay.

bon goût

Pour le malheur du bon goût, il est possible de customiser sa voiture en mode carrière. Xzibit serait fier de moi.

 

Un bug dans la matrice de WRC 10

Lors de sa toute première victoire, la joie fut de courte durée, car Jon reçut alors un email étrange de Ford, lui expliquant qu’ils étaient très déçus par ses résultats qui avaient chuté fortement ces derniers temps. Jon avait pourtant terminé 3e au premier rallye de sa vie. Ils ont un souci l’équipe ! Expérience qui se renouvellera malheureusement pour ce brave Jon, qui ne saura comment réagir face à ces incongruités. Il réussit un entraînement et perd de la réputation avec son sponsor. Il réussit un événement constructeur et son équipe voit son moral baisser. Et d’ailleurs, il n’a plus jamais reçu aucun autre email de Ford après cette aberration initiale. Mmmmh.

Malgré son plaisir grandissant à évoluer dans sa carrière, à engager de nouveaux membres dans son équipe, et à aligner rallye sur rallye. Jon dû faire face à quelques désagréments des plus frustrants. Il n’était pas rare que sa performance, bien qu’équivalente ou meilleure que lors du dernier rallye, lui vaille maintenant une dernière place. Sans réelle raison. Le dieu de la matrice avait décidé ainsi. Et personne n’aime avoir l’impression que ses efforts et ses performances n’ont pas d’impact sur le résultat final. Inconsistance du monde encore.

route

Le rendu de la route est très réussi dans WRC 10, contrairement au reste des décors. Ça tombe bien, on la regarde souvent, la route.

 

Pousse pas mémé dans la nostalgie

Sans le savoir, Jon avait commencé sa carrière lors de la 10e édition de WRC. Correspondant alors à l’anniversaire historique des 50 ans d’existence des « World Rally Championship » dans la vraie vie. Sa carrière a donc été parsemée de courses dites historiques. Brillante idée que de refaire des courses mythiques en devant battre le temps des héros de l’époque. Brillante idée, sauf lorsqu’on envoie Jon, juste après son premier rallye, essayer de battre le champion de l’époque à Monte-Carlo.

Ces épreuves, d’une difficulté effrayante lorsque l’on débute, génèrent également une frustration au moins autant effrayante. Pas moyen de réussir à moitié. Si l’on ne fait pas mieux que le temps du champion de l’époque, l’épreuve est juste ratée. Pure perte pour la carrière, pour l’équipe, et pour le moral. Étrange idée que d’implémenter la nouveauté phare de manière aussi abrupte. Décidément, pas rigole.

 

Argentine

La course anniversaire du rallye d’Argentine est aussi belle qu’ardue.

 

Dérapage générationnel

Et puis, on avait aussi promis à Jon que cette édition serait l’occasion d’un bond générationnel. Jamais la nature n’aura été aussi belle, jamais elle n’aura défilé aussi vite. Plus de 60 bidules par seconde avait-on dit, même s’il n’avait pas bien compris cette phrase. Et force a été de constater que si la vitesse était bien là, le monde se comportait de manière bizarre depuis qu’il avait pris le volant.

Malgré ce fameux bond générationnel, il lui arrivait d’avoir l’impression que tout se ralentisse d’un coup, ou que des arbres apparaissent soudainement au loin. Ou encore que ceux-ci avaient été dessinés par Mondrian. Très étrange. Désappointant, comme l’on dit chez Jon. Le public était également très bizarre. Des dizaines de personnes avaient exactement la même tête cubique. La même coupe de cheveux, tout aussi rectangulaire.

 

Anniversaire

Le mode anniversaire, l’occasion de fêter des voitures aussi vieilles que le rendu des personnages du public. On retourne sur PS3 s’il-vous-plait.

 

Par contre, Jon devait l’admettre, la route elle-même était magnifique et les jeux de lumière superbes. Si beau que le monde ralentissait souvent pour l’admirer avec lui. Gênant tout de même lorsque l’on roule à 120 km/h dans une chicane. Le virage dans cette fameuse nouvelle génération semble avoir été très mal négocié.

Nuit

Les courses de nuit sont franchement sympas, bonne ambiance et tout. Un bon entraînement pour ramener ses ami-e-s bourré-e-s depuis Savièse.

L’heure de faire le point sur sa carrière

Jon, arrivé aux deux tiers du mode carrière, eu envie de faire le bilan sur cette course effrénée et très contrastée. Grisante, enivrante, rageante et frustrante. Constance dans l’inconstance, une vraie école de la vie cette carrière de WRC 10. Pour chaque dérapage réussi, une incohérence vient gâcher le tableau. Et pour chaque incohérence, une course grisante vient redonner l’envie de continuer. Dur de lâcher, dur de ne pas s’énerver. Quoi qu’il en soit, l’expérience de Jon a été riche. Et ne va probablement pas s’arrêter là. Mais il est important de faire des pauses.

Au final, le plus gros désagrément aura été l’impression d’inconstance de la difficulté durant la carrière. Se taper une course anniversaire digne du dernier boss de Dark Souls juste après avoir débuté, ou encore voir ses résultats varier de la première à la dernière place avec des performances très similaires. C’est vraiment irritant, to say the least. Mais le tout est assez grisant pour néanmoins y retourner, tenter une nouvelle course, un nouveau virage, un nouveau rallye. Une nouvelle rigole.

 

Note :   7 dérapages contrôlés sur 10.

Testé sur PS5, également disponible sur PS4, Xbox One, Series X|S, PC.

 

Author: Teiki

Recrue la plus prolifique du mercato du marché suisse romand du jeu de mots à 5 syllabes, Teiki (El Matador pour les intimes) est LE nouveau ancien rédacteur de Semper Ludo. Il gravit vite les échelons et grâce à quelques coups de langue bien placé, le voilà déjà en train de remplacer Founet à l’animation de Podcast. Son talent de marchandage s’est créé tôt dans sa jeunesse où il devint un pilier de l’échange d’objet inutile dans Everquest. C’est certainement cet événement qui l’oblige inlassablement à jouer à des jeux avec du loot vert, bleu, violet et orange. Ancien champion de pétanque sans cochonnet, lors d’un accident de roulade, il dû se reconvertir à la randonnée avec les pieds. Son corps est un temple où seules les personnes qui ont enlevé leurs chaussures peuvent entrer.

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