Security 51 est une simulation mêlant enquête, horreur, humour et science-fiction. Développé et édité par Alwar, ce jeu est sorti le 12 août dernier. Très (très) inspiré du cultissime Papers Please (Lucas Pope, 2013), il vise à étoffer le concept dans une ambiance différente, à mi-chemin entre la fondation SCP et les théories fantasques des électeurs de Trump sur la zone 51. Alors, digne héritier qui réinvente le genre ou ratage complet qui se vautre dans un costume qu’il peine à remplir ? S’il souffre forcément de la comparaison avec son illustre ancêtre, Security 51 réussit tout de même à tirer son épingle du jeu. Trèfle de spoilers, place au test.
Les meilleurs des meilleurs, avec mention « ouais, ça passe… »
Vous incarnez un membre de l’équipe de sécurité de la zone 51 (appelons le Bob), chargé de contrôler les visiteurs de la célèbre base secrète du Nevada. Bob aime le travail bien fait, les churros, le tricot et la tranquillité d’esprit. Avant votre premier jour de travail, votre supérieur vous rend une visite de courtoisie, et en profite pour vous expliquer les tenants et aboutissants de votre nouvel emploi (à sa place j’aurais abordé le sujet pendant l’entretien d’embauche, histoire de meubler la conversation…). Sans doute votre N+1 dispose d’un prénom qui lui est propre, mais nous on va l’appeler Winston. Parce qu’il a vraiment une gueule à avoir étudié l’anglais médiéval à Oxford et à débattre du dernier tournoi de polo avec le roi Charles en dégustant des scones.
Le job de Bob parait simple, vérifier l’identité des visiteurs entrant et sortant de la base, pour des raisons évidentes de sécurité. Bien entendu, s’assurer de la validité et de la correspondance des différents documents officiels, comme au temps de la glorieuse Arstotzka, mais pas que. Les fraudeurs de Security 51 ne sont pas de simples dissidents politiques ou des terroristes kolèches, mais possiblement des extra-terrestres, des mutants, des cyborgs ou pire encore. Il en va de votre responsabilité qu’aucune anomalie non autorisée ne parvienne à franchir les portes de l’ascenseur, dans un sens comme dans l’autre. Bob est un branleur, mais un branleur consciencieux…
C’est des tentacules sous votre manteau ?
Niveau gameplay, on est sur du classique. Le curseur de votre souris est visible à l’écran, vous permettant d’interagir avec les différents éléments. Les papiers d’identité, les certificats médicaux, le polaroid détecteur d’anomalies (normal) ou encore les différents scanners à rayons X. Car oui, des irrégularités peuvent se trouver sur la peau, les organes ou encore les os des visiteurs. Il sera également de votre responsabilité d’envoyer l’ascenseur vers le bas lorsque celui-ci sera plein. Tout comme vérifier l’état des occupants lors de la remontée, en les isolant ou les exécutant, selon les places disponibles en cellule.
Les intrus placés à l’isolement se verront attribuer des tests, qu’il vous conviendra de choisir. Entre autre, hausse ou baisse de la température, arcs électriques ou encore exposition à l’humidité, rien ne sera épargné à vos cobayes de circonstance. Les informations obtenues lors de ces essais cliniques pourraient bien éviter l’atomisation d’une ville entière et sauver des centaines de milliers de vies. Il est donc crucial que vous opériez avec une rigueur exemplaire, pour le bien de tous.
Ils sont magnifiques ces pixels, on ne prend même plus la peine de les regarder à force…
La direction artistique est ma foi fort sympathique. Certes, on est très loin de la musique iconique de Papers Please, de ses pixels chatoyants et de l’ambiance stalinienne qui faisait son charme. Mais les personnages, les décors et les animations sont de bonne facture. Comme dans un film des ZAZ, l’action se déroulant à l’arrière-plan est souvent plus intéressante que votre travail au premier plan. Comme lorsque vous appelez la sécurité pour vous débarrasser d’un visiteur incongru. Des hommes armés l’ôtent de votre champ de vision et l’abattent hors de votre vue. Et pendant que vous examinez les pièces d’identité du suivant, vous pourrez apercevoir le concierge trainant le cadavre du touriste malencontreux par la jambe…
Il vous sera également demandé de superviser les enquêtes de terrain dans les villes infectées par des parasites inconnus. Si votre stratégie s’avère efficiente, la cité pourra être sauvée. Dans le cas contraire, une explosion nucléaire « accidentelle » sera déclenchée afin d’endiguer toute propagation de l’épidémie. Et ce sera de votre faute ! En testant les cobayes efficacement et en enquêtant convenablement vous auriez pu éviter cela. Mais la vie continue, d’ailleurs la journée est terminée, c’est donc l’heure d’acheter un sandwich triangulaire ou un cupcake afin de vous sustenter, voire des antidépresseurs pour calmer vos angoisses. Bob aura également la possibilité de claquer son salaire durement gagné dans l’amélioration de son matériel de contrôle, parce qu’un jour les prolétaires finiront par devoir payer pour bénéficier d’un emploi…
Nous sachons !!
Security 51 vaut franchement le coup d’œil. Certes, il peine à se détacher de son modèle. Néanmoins, il se permet des extravagances qui font sens avec le Lore, et explore intelligemment les possibilités de gameplay à sa disposition. L’exigence de vitesse vous maintient sous pression. Le besoin d’exactitude vous oblige à organiser méthodiquement vos contrôles et les différentes responsabilités qui vous incombent vous pousseront dans vos derniers retranchements. Assurément, les choix moraux sont pratiquement absents, remplacés par votre responsabilité de protéger les populations civiles vivant dans des zones contaminées. Si Winston est quand même moins terrifiant que votre supérieur aux allures d’officier de la Gestapo dans Papers Please, on sent toutefois qu’il n’est pas là pour rigoler.
De plus, des mises à jour récentes ont apportées un mode sans fin ainsi que la possibilité de choisir votre mode de difficulté. Facile si vous n’avez aucun amour propre, normal si vous êtes Raphaël Glucksmann et difficile si vous vous respectez. En conclusion, jouez à Security 51, c’est un jeu qu’il est sympathique ! Du fun, du stress et évidemment des fins multiples (dont une qui m’aura beaucoup fait rire…). Rien de très surprenants, mais une valeur sure.
9 crickets infernaux/10
Testé sur PC, dispo sur PC et Mac








