Un jour sans faim [Atomicrops]

Qu’est-ce qui nous pousse à nous lever tous les matins? Si chaque journée était intégralement similaire à la précédente, aurions-nous un quelconque intérêt à recommencer, encore et encore? C’est l’assurance d’une différence même subtile qui suffit à redémarrer. C’est aussi sur ce principe que repose la possibilité que les rogue likes existent. Bon d’accord, un dernier essai puis j’arrête…

C’est cette dernière phrase que je me suis répétée un nombre incalculable de fois en jouant à Atomicrops. Un jeu qui fleure bon l’indé, produit par Raw Fury. Cet éditeur suédois ne cesse de me surprendre, en dénichant des perles de tout genre. Ici, c’est donc le principe du rogue like qui est expérimenté. Si le jeu vidéo est une histoire de recommencement (on perd une vie, on reprend du début/du checkpoint), on touche ici à l’essence même du concept. La mécanique de la boucle poussée à son apogée. L’échec fait donc obligatoirement partie de la progression, mais ne tend pas non plus au découragement. Et ça, c’est fort.

La pectine a des yeux

Inscrivons d’abord un peu de contexte. Atomicrops vous propose d’incarner un p’tit gars de la ville, qui hérite du domaine agricole d’un défunt membre de sa famille. Au moment même où ce jeune hipster (NDZyvon: qui a sans doute trop joué à Stardew Valley) s’imagine déjà vivre pleinement son fantasme bio-porn de quinoa au tofu, une apocalypse nucléaire se déclenche. Le décor change alors du tout au tout, puisqu’à côté de la bêche pour planter des légumes géants, il faudra s’équipe de diverses pétoires pour se débarrasser des nuisibles mutants. Là, c’est sûr que c’est garanti sans pesticide.

Ma première rencontre avec Atomicrops a eu lieu lors de la Gamescom 2019. Un de ses souvenirs mémorables, qu’on se raconte entre vétérans, où j’entrais dans une chambre d’hôtel sans savoir si j’allais ressortir avec tous mes organes. Ce qui s’avéra, finalement, être un l’un de meilleurs rendez-vous de la convention. Un accueil sympa et convivial, loin du bruit des halles et surtout la possibilité de tester le jeu et de discuter ouvertement avec le membre du studio de « corvée de presse » du moment. Même si je ne suis pas vraiment adepte du concept du rogue like (du moins le pensais-je), j’ai tout de suite croché à cette esthétique colorée et bien barrée, mais qui a juste un petit quelque chose de dérangeant. Permettant ainsi d’installer comme il se doit un contexte drôle et angoissant à la fois. Comme un citadin qui se retrouve à devoir planter des carottes, en fait.

Atomicrops exploration

Une direction artistique pour le moins… déjantée?

On plante les mêmes et on recommence

Atomicrops se présente en plusieurs séquences, subdivisées selon un calendrier tout ce qu’il y a de plus agronome. Il y a d’abord les années, partitionnées en cinq saisons : printemps, été, automne, hiver et… hiver nucléaire. Cette dernière étant uniquement constituée d’un boss gigantesque et particulièrement épique, que je n’ai pas encore réussi à vaincre. Les quatre autres périodes contiennent chacune trois journées minutées. Durant ce laps de temps, il va falloir choisir entre cultiver son lopin ou explorer les régions annexes, infestées de monstres, mais débordant également de ressources (nouvelles graines, bonus de croissance, épouvantails chassant les ennemis, animaux de trait, etc.). Puis revenir avant la nuit pour défendre son territoire contre les lapins mutants bruités à la bouche (si si) qui en veulent à vos pois mange-tout.

Ce cycle est assez court, il faut donc bien réfléchir à quel moment il est le plus judicieux de se lancer dans l’exploration. À la fin de chaque journée, un hélicoptère nous ramène au village, où les denrées collectées permettront de nourrir la population, remplissant différents degrés de satisfaction. Plus on ramène de patates, plus la fête de frites sera joyeuse et donc plus les récompenses tomberont. On dépense l’argent ainsi gagné pour acheter des armes, des graines ou des améliorations et on repart aux champs. Chaque saison se clôt par un affrontement de boss, toujours les mêmes et dans le même ordre. Une fois l’un d’entre eux défait, la mairesse de la ville nous indemnise par une avalanche de cadeaux et de confettis.

Atomicrops mairesse

Jour de fête! On a survécu une saison de plus. Tenez, prenez un tracteur.

La belle bio

Entre les courges et les arbres fruitiers, il est aussi possible de cultiver des roses lorsqu’on a pu mettre la main cornée sur des graines correspondantes. Plutôt rares, celles-ci permettent d’acheter des vies (qui partent aussi vite que des ignames sur un marché d’automne), mais surtout de charmer certains habitants de la ville jusqu’à finir par l’épouser. Cette union débloque à son tour d’autres atouts.

Atomicrops drague

C’est pas parce que le monde est ruiné qu’on va se laisser aller, hein. Quel que soit son personnage, on peut épouser un homme, une femme, ou autre.

Qui dit rogue like, dit également mort rapide et permanente. Atomicrops ne déroge pas à la règle et à trop fricoter avec les monstres, on se retrouve rapidement (mais vraiment rapidement) six pieds sous terre. Les choix durant les différentes séquences deviennent alors capitaux. Et chaque nouvelle tentative nous pousse à réfléchir de plus en plus précisément la manière dont on prévoit nos journées de labeurs. Est-ce que j’achète une arme aujourd’hui, sachant qu’elle s’autodétruit à la fin de la journée, ou je garde mes économies pour en acheter une pour affronter un boss? Quel jour ai-je meilleur de temps de consacrer à l’exploration ou à la récolte? Si les premières parties se font un peu aléatoirement, les réflexions stratégiques deviennent de plus en plus pointues. On pourrait même se surprendre à commencer à rédiger un calendrier sur une feuille de papier pour ne pas oublier quoi faire au prochain lever du soleil.

Le bosseur est dans le pré

Longtemps en early access, Atomicrops n’est pas encore complètement ripoliné. Bien qu’il soit officiellement sorti, il manque par exemple encore le menu de modification des touches. Et certaines mécaniques de jeux ne sont pas du tout expliquées. Concernant le premier point, une petite prise de contact avec les développeurs m’a permis de vérifier que ce serait le cas lors de la mise à jour de septembre (et l’arrivée sur Steam). Quant au deuxième, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture du Wiki officiel.

récompenses

Quand je lui parlais du jeu, Vertigo me disait qu’il y avait du Harvest Moon là dessous. Mais sous acide, alors.

Intense, drôle, intrigant, le jeu a su me captiver et son propos fonctionne. Chaque mort est frustrante, car on est allé un peu loin que la dernière fois. Mais on est bon pour tout recommencer depuis le début. Dit comme ça, ça semble décourageant au possible. Et pourtant toutes les cruelles déceptions cèdent rapidement leur place à l’envie de relancer une partie. Au bout d’un moment, certains bonus sont accordés et on ne repart plus complètement à poil comme au premier jour. Le simple fait de savoir qu’on peut s’améliorer et qu’on bénéficie d’un petit coup de pouce suffit à se dire que cette fois c’est la bonne. Quand on parle de « ludifier » ce qui pose problème au quotidien, les rogue likes ont clairement beaucoup à nous apprendre en matière de motivation face à une tâche éprouvante. Sur ce, je vous laisse, y a un lapin nucléaire qui lorgne mes tomates.

Note : 9 permacultures sur 10

Testé sur sur PC. Également disponible Xbox One, Switch et PS4.

 

Author: Founet

A ne pas confondre avec le village vaudois, est à peine plus jeune qu’une Famicom. Vouant un culte à George, il découvrit son amour du jeu vidéo et de la techno allemande pendant les grandes années de Lucas Arts. De ses nombreuses heures passées à cliquer lui vient son humour absurde et sa cleptomanie. Frappé d’une mystérieuse malédiction, les machines semblent se rebeller lorsqu’il les manipule ou fait mine de les regarder. Founet ne roule jamais en-dessous de 88 miles à l’heure et rêve de maîtriser la télékinésie grâce à la Force. En attendant de passer maître Jedi, il joue à la Wii U. Accessoirement rédacteur en chef, quand il arrive à se faire entendre des autres, qui mettent le son trop fort, les farceurs.

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