Stone, le monde est stone. [Imagine Earth]

Imagine Earth est un jeu qui sort cette année alors qu’il est en early access depuis 2014. C’est un peu la raison pour laquelle je justifie d’avoir enclenché ma procrastination sélective. Y a des tâches, comme rédiger le test de ce jeu, que je ne peux pas m’empêcher de repousser. Enfin ici, c’est aussi parce que j’ai dû me faire violence pour y jouer suffisamment.

C’est toujours plus facile d’écrire un test sur un jeu génial ou une bouse infâme. Ici, on tient « juste » un jeu intéressant qui n’a malheureusement pas réussi à me retenir plus que ça. Dommage, parce qu’il y a moyen, comme on dit.

Aaah-ah-aaaaaah-aaaaah-aaah

Pourtant, ça partait bien. Le jeu est mignon, touffu et dense comme je les aime. De la stratégie de longue haleine permettant d’emprunter des chemins de développement divers, ce planet builder devait me plaire. Alors pourquoi ça ne s’est que moyennement bien passé ?

Ooh-ooh-ooooooooooh-ooh-ooh

Commençons par le commencement, voulez-vous ? Imagine Earth vous propulse dans le siège d’un employé d’un conglomérat capitaliste du futur qui exploite des planètes pour le profit. En deux mots, après avoir flingué la Terre, les « meilleurs d’entre nous » ont décidé d’exporter le fabuleux concept du ruissellement à travers la galaxie.

Vous voici donc à aménager des infrastructures de planètes en planètes avec divers contraintes et objectifs. En gros, il s’agit à chaque fois de résoudre une équation du troisième degré :

  • X = Faire croître la population (avec demande d’énergie, de nourritures, de biens, de bonheur et tout le toutim).
  • Y = Faire en sorte de mettre en place X sans détruire trop vite les ressources de votre nouveau monde (car ça entraîne des conséquences, j’en reparle plus tard).
  • Z = Remplir les objectifs du CEO.

Aaah-ah-aaaaaah-aaaaah-aaah

L’aire de jeu est originale : en effet, le parti pris d’Imagine Earth de représenter chaque planète de manière sphérique (que l’on peut explorer très facilement) est non seulement brillant, mais aussi superbe. Il n’y a pas à dire, ça fait envie.

C'est beau mais touffu.

C’est beau, mais touffu.

À l’inverse, la direction artistique m’a laissé sur ma faim. Entre les bâtiments souvent peu clairs dans la différenciation de leurs fonctions et la végétation qui se confond avec les gisements et vice versa, le manque de clarté est assez pénible. De même, dès qu’on se retrouve sur des astres un peu plus larges sur lesquels on développe de multiples colonies, retrouver un lieu spécifique devient une gageure. Et ça, c’est sans parler des autres factions et des marchands, qui eux-mêmes souhaitent aussi créer différents avant-postes.

Ooh-ooh-ooooooooooh-ooh-ooh

Parlons un peu maintenant d’une idée très intéressante, proposée et mise en avant par le jeu sur le papier, qui m’a semblé bien moins sympa à pratiquer : l’écologie. La planète, comme dans la vraie vie, subit les affres du parasitage humanoïde. Plus on cherche à l’exploiter, plus le risque de se prendre un retour de bâton devient important. Tous les intervenants influent d’ailleurs là-dessus. Vous n’êtes donc pas seul à être partie prenante du problème. Et là, de nouveau comme en vrai, c’est un véritable casse-tête de pouvoir équilibrer les demandes de l’extérieur tout en restant viable à long terme. « C’est stimulant non? », me rétorquez-vous. Oui et vous avez raison. Enfin, ça le serait si on était obligé de s’occuper de chaque planète à long terme. Mais dans les fait ce n’est pas le cas : on peut rusher les objectifs et changer d’endroit à détruire pour recommencer le massacre plus loin. Enfin rusher… ça reste souvent lent et fastidieux du genre : amasser cinq cents tonnes d’or et sept cent cinquante mille habitants ad nauseam.

Hey, what about yesterday? (What about us?)

À noter que le mode éditeur permet de résoudre en partie ce problème : on personnalise une planète et on reste dessus avec ses propres objectifs. C’est ce qui m’a le plus parlé. Pas assez néanmoins pour me faire revenir sur le jeu plus que de raison.

Des menus et des boutons dans tous les sens. Faut aimer le genre.

Des menus et des boutons dans tous les sens. Faut aimer le genre.

Il vous faut savoir qu’il existe aussi tout un système de commerce qui permet de financer ses recherches et constructions en exportant le sang de la terre. Assez bien fait sans être extrêmement original.

What about the seas? (What about us?)

La science et la recherche par contre, tentent une approche assez novatrice avec l’ajout de la gestion de brevet. Si une technologie est déposée par une autre faction, impossible de l’utiliser. Et il faut régulièrement acheter des droits pour utiliser certains bâtiments. J’ai trouvé le concept très intelligent, mais une fois encore, l’implémentation complexe, pas fun pour un sou et parfois étrangement illogique.

Les relations avec les autres "exploiteurs" sont régis de plusieurs façon. Le diplomacie en est une.

Les relations avec les autres « exploiteurs » sont régies de plusieurs façons. La diplomatie en est une.

Autre souci, j’ai le sentiment qu’il y a énormément de choses à faire, mais pas de vraies orientations stratégiques à prendre. In fine, on se retrouve à faire presque toujours la même chose avec de légers changements quasiment cosmétiques (pêcherie plutôt que ferme, cuivre à la place du fer, etc).

The heavens are falling down (What about us?)

Ensuite, passons à un aspect purement subjectif: l’ambiance du jeu. Les intervenants ont un look cartoon sérieux et si ce n’est pas ce qui m’inspire le plus, il s’agit d’un choix plutôt bien fait et cohérent. Par contre, j’ai eu de la peine avec cette critique du capitalisme qui n’en est pas une. Les méchants sont méchants parce qu’ils sont méchants: par contre, il est possible d’avoir une exploitation verte choupinette. J’ai eu l’impression d’être dans un simulateur de green washage. Je vais sans doute chercher trop loin et cela ne dérangera pas (malheureusement peut-être) la vaste majorité des joueurs, mais moi ça me sort du jeu. C’est ça la malédiction d’être un gauchiste.

I can’t even breathe (What about us?)

En relisant mon texte, je me rends compte qu’il est passablement décousu… et qu’en cela, il ressemble au sentiment que j’ai ressenti en jouant à Imagine Earth. Mais ne vous trompez pas, Imagine Earth est plutôt un bon jeu d’ailleurs. Développé par une toute petite équipe qui a réussi le tour de force de sortir un jeu complet sans bugs et avec une vraie personnalité. Le souci vient peut-être d’un jeu qui a voulu trop en faire et s’égare parfois. Mais il y a vraiment moyen de bâtir là-dessus et personnellement, je vais suivre ce studio pour la suite. Je suis exigeant avec ce genre de jeu, d’où mon test plutôt sévère, pourtant Imagine Earth vaudra sûrement une partie de votre salaire lors des prochaines soldes Steam.

7 capitalistes triomphants / 10

Testé sur PC.

Jouable aussi (pas au pad s’il vous plait ça va être horrible) sur: Xbox Series, Xbox One

Author: Zyvon

Élevé à la dure par des parents aux penchants amish, hermétiques à la technologie, l’accès aux jeux vidéo n’a pas été facile pour Zyvon. C’est en utilisant l’argent de sa bar-mitzvah, reçu lors de sa première communion, qu’il s’acheta lui-même un ticket pour les mondes diaboliques de la perversion sous la forme d’une Megadrive. #TeamSonic. Malheureusement, il vécu la crucifixion du hérisson bleu comme une trahison et renonça à jamais aux consoles, pour rejoindre les rangs bénis et accueillant de la glorieuse “PC Master Race”, en jurant qu’on ne l’y reprendrait plus. Son éducation sévère mais néanmoins rustique, lui a donné le gout des choses bien faites et faites jusqu’au bout. Zyvon est dur mais juste mais dur.

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