La montagne ça vous calme [Mundaun]

Puisqu’on ne peut pas vraiment partir à l’étranger en ce moment, nous sommes encouragés à prendre des vacances locales. Ceci devrait nous permettre de découvrir des régions insoupçonnées. S’immerger dans le folklore du coin, ou presque, ça a son charme. Même si ce charme en veut ardemment à votre âme. Bienvenue dans les Grisons.

Mundaun est le nom d’une ancienne commune du fin fond du canton montagnard de l’est de la Suisse. Le cadre a son importance. Dans mon parcours de joueur, au fil des années, j’ai visité à peu près tous les coins de la planète et des tas d’endroits loufoques. Mais pour une fois que l’action se déroule « chez moi », je trouve l’impression touchante et particulière. Un peu comme quand on est gosse en Suisse et qu’on apprend que des bouts de Goldfinger et Au Service Secret de sa Majesté ont été tournés dans l’Oberland Bernois.

Grisons carte

Pour nos lecteurs français (on les salue), et ceux qui séchaient le cours de géo de Madame Stroecker en 6e (on la salue), les Grisons c’est ici. Selon cette carte piquée à Wikipedia.

Mundaun c’est donc également le nom d’un jeu d’horreur (légère), dirigé par Michel Ziegler. Cet artiste lucernois s’est lancé dans le projet d’illustrer intégralement les textures du jeu par des dessins à la main. Si le jeu est développé en Helvétie, il est produit aux États-Unis et nous c’est par le service de presse français qu’on a appris son existence. Ça aussi c’est le folklore suisse.

Mundaun bus

Le début de tout bon film d’épouvante, non? Ou un clin d’oeil au voyage d’Harker dans le Dracula de Coppola?

Cthulhu fait du ski

Intégralement doublé en romanche, ça c’est un pari audacieux. À tel point que lorsqu’on lit les commentaires des utilisateurs sur Steam, ils sont plusieurs à se demander si ce langage a été inventé pour le jeu. Pour situer le contexte de l’histoire, vous pouvez imaginer une version Contes de la crypte du film Bienvenue en Suisse avec Vincent Pérez. Enfin, surtout dans l’idée de regagner les terres de son enfance pour raccrocher avec des histoires familiales. Dans Mundaun, c’est le jeune Cudrin qui revient de la ville pour les obsèques de son grand-père. Ce dernier aurait péri dans un mystérieux incendie. Très rapidement, Cudrin mettra au jour une affaire impliquant une curieuse fille muette, un étrange vieux monsieur ricanant [NDTeiki : c’est bien les vieux, ça fait mystérieux], des croyances catholiques et ancestrales, des chèvres, la Première Guerre mondiale et pas Vincent Pérez.

Mundaun jour

Sur nos monts quand le sépia…

Avant de pouvoir repartir dans la vallée, Cudrin va devoir élucider une succession de mystères dans une ambiance montagnarde de vieille carte postale. En termes de gameplay, on est plus proche du walking simulator que du jeu d’horreur. Mais l’atmosphère inquiétante se prête merveilleusement bien à cette histoire que l’on pourrait croire tout droit sortie du fameux livre des Plus beaux contes de Suisse. L’histoire de Mundaun pourrait ainsi tout à fait s’approcher des nouvelles de Lovecraft, dans lesquelles le surnaturel s’inscrit dans le plus placide des quotidiens. Ainsi ceux et celles ayant fréquenté nos monts, autres que Verbier ou Gstaad, sauront apprécier la manière dont leur majesté silencieuse est ici retranscrite.

Contes et légendes suisses

Un ouvrage qui a fasciné et terrifié mon enfance en même temps.

Tremblez local

Je ne suis probablement pas totalement intègre et je soupçonne que si mes racines ne se trouvaient pas dans le pays de la fondue (le seul et l’unique), je n’aurais pas autant été touché par Mundaun et son histoire inspirée par le Pont du Diable. Notamment par son rythme souvent très lent. Mais pour une fois que mon pays est le théâtre d’aventures vidéoludiques, comment ne pas s’emballer? On en parlait dans un podcast récent: c’est agréable de se confronter à des contextes de jeux différents.

Mundaun feu

Nan, mais là ça s’annonce bien. Qu’est-ce qui pourrait nous arriver d’affreux? Si on doit commencer à s’alarmer au moindre symbole païen en flamme, aussi.

Techniquement, tout n’est pas parfait non plus. Et quelques maladresses d’ergonomie peuvent vous tirer une grimace ou deux durant votre parcours santé des Alpes. Idem pour certains éléments de game design qui pourraient bénéficier d’un peu de polish. Comme par exemple, ce moment où j’ai pris le temps de regarder une carte accrochée au mur et que rien ne m’a indiqué que je devais suivre un PNJ qui se trouvant dans mon dos. J’ai ainsi mis un moment à comprendre que ce point qui diminuait dans le lointain était un élément dont j’aurais dû me soucier avant. [NDTeiki : en fait, c’est aussi un jeu de thérapie de couple?].

Mundaun nuit

Le level design aussi peut sembler parfois confus. On s’y perd, mais on retrouve finalement son chemin.

Quelques fois, on ne sait pas trop si certains éléments sont des manifestations surnaturelles voulues dans le contexte de l’histoire (faire apparaître le véhicule que l’on peut conduire en regardant une affiche, par exemple), ou si ce sont des facilités de game design. Mais dans le fond, ce n’est pas trop grave, on peut les accepter dans la mesure où elles alimentent l’ambiance.

Mundaun chèvre

Goat Simulator?

Le vénérable du sommet

Une fois le fin mot de l’histoire découvert mon compteur Steam indique un peu moins d’une quinzaine d’heures. J’ai beaucoup aimé me balader dans un jeu qui a bénéficié de finition, notamment dans ses mécaniques de « combat » et d’interaction avec l’environnement. Je préfère ne pas trop en dire pour ne pas gâcher la surprise. Mais je trouve toujours satisfaisant lorsque j’ai un objet dans mon inventaire, que je vois un élément de décors, que je me dis « tiens, je me demande si… » et qu’effectivement il en résulte quelque chose. Mundaun, voilà, un jeu qui ne semble pas simplement sortir d’une game jam, qui bénéficie de bonnes idées de gameplay, d’un scénario prenant (avec le luxe d’avoir plusieurs fins) et d’une direction artistique originale; que demande le peuple? Une Landsgemeinde?

Note: 7 tarte aux noix sur 10

Testé sur PC. Également disponible sur PlayStation 4, Xbox One et tantôt sur Switch.

 

Author: Founet

A ne pas confondre avec le village vaudois, est à peine plus jeune qu’une Famicom. Vouant un culte à George, il découvrit son amour du jeu vidéo et de la techno allemande pendant les grandes années de Lucas Arts. De ses nombreuses heures passées à cliquer lui vient son humour absurde et sa cleptomanie. Frappé d’une mystérieuse malédiction, les machines semblent se rebeller lorsqu’il les manipule ou fait mine de les regarder. Founet ne roule jamais en-dessous de 88 miles à l’heure et rêve de maîtriser la télékinésie grâce à la Force. En attendant de passer maître Jedi, il joue à la Wii U. Accessoirement rédacteur en chef, quand il arrive à se faire entendre des autres, qui mettent le son trop fort, les farceurs.

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