Beauté fatale [Demon’s Souls remake]

Commençons donc ce test par un peu de développement personnel, histoire de brouiller les pistes. Pour reprendre les termes, selon Internet, d’Einstein, d’Homer Simpson, de Michael Jordan et probablement Gandhi : pour réussir dans la vie, il faut savoir accepter d’échouer. Effectivement, penser l’existence, et le bonheur, comme se devant absolument être un long fleuve tranquille ne vous amènera que déceptions, frustrations et ruminations de votre incapacité à être constamment un winner. Ceci, face à l’inertie naturelle des événements, qui,  portés par les douces vagues de l’entropie, viennent vous défoncer la mouille. Eh oui, l’échec est inévitable et le mieux est de l’accepter comme part intégrante de notre vie, sans le laisser remettre en question notre valeur intrinsèque. L’échec, donc, n’est qu’une expérience préalable, et nécessaire, à la réussite.

Très bien me direz-vous, mais moi je suis venu pour qu’on me parle de chevaliers, de dragons, d’épées magiques et de morts violentes, pas de développement personnel à 4.50.- ?! Eh bien, ma bonne dame, mon bon monsieur, gardez donc cette frustration en réserve pour le jeu lui-même. Car je soutiens que Demon’s Souls (comme tous les « Souls ») est un très bon maître à penser pour s’éduquer dans la vie en général. Rien que ça. Si apprendre à échouer est une leçon fondamentale, alors ce jeu en est assurément le meilleur professeur. Et n’en déplaise au manitou Founet, je préconise d’y faire jouer votre bambin dès l’âge de 5 ans. Il est des leçons que l’on n’apprend jamais trop tôt. [NdFounet: On va encore avoir des problèmes…]

Car là où certains jeux vous prennent par la main pour vous guider dans votre périple, veillant à ce que votre expérience soit avant tout fun, bienveillante et guillerette, la série des « Souls » vous attrape la main, l’arrache, la jette aux chiens, vous oblige à regarder et en envoie des photos à votre famille. Ceci pendant que Nagui vous met un peu de sel sur la plaie en vous racontant des blagues de Guy Montagnier en verlan. Et pour finir, vous devez encore vous battre contre les chiens et Nagui en même temps. Bref, Demon’s Souls, c’est dur. C’est hargneux, c’est douloureux, ça nous malmène et on en redemande.

Demon's Souls Fallait pas oublier le four.

Ça sent le roussi à Boletaria.

J’y vais, mais j’ai peur

Si le jeu est difficile, il reste, en grande majorité, juste. C’est-à-dire qu’à chaque « You Died » affiché sur l’écran (171 sur mon premier playthrough), vous saurez pourquoi vous êtes mort. La seule exception, qui a d’ailleurs mis mes nerfs à l’épreuve quelques fois, vient de l’interaction entre l’autolock, la caméra et les couloirs étroits. Mais dans l’ensemble, le jeu est prédictible dans sa dangerosité et permet donc de s’améliorer de partie en partie, connaitre les ennemis, les patterns d’attaque, nos propres mouvements offensifs ou d’esquives, les particularités des niveaux, etc. On sent bien ici le travail d’orfèvrerie de From Software, qui a donné naissance à ce genre si délicieusement punitif.

Car sans la qualité du gameplay et cette sensation de « justice » entre nos actions et leurs conséquences, le jeu ne serait simplement pas supportable et perdrait complètement son intérêt. Et l’intérêt principal d’un « Soul’s like » c’est de réussir finalement à passer un niveau après trente-quatre morts, de ressentir cette sensation d’accomplissement. Si enivrante que l’on a directement envie de l’inscrire sur notre profil Linkedin pour faire comprendre aux employeurs qu’on est un ouf-guedin ; et que, oui, on fera volontiers un burn-out pour le bien du sacro-saint travail… Ah non, je m’égare, pardonnez. [NdFounet: Continuez, je vous en prie. Ça m’intéresse.]

À noter également que la difficulté est répartie différemment par rapport à un Bloodborne ou aux Dark Souls. Dans ces derniers, les combats de boss pouvaient être absolument intransigeants avec des patterns de mouvements à apprendre à la perfection. Alors que dans Demon’s Souls, les niveaux menant aux boss représentent, dans l’ensemble, la plus grande difficulté. Les boss eux-mêmes ayant quasiment tous un talon d’Achille qui permet, potentiellement, de grandement se simplifier le combat.

 

Demon's Souls c'est aussi du local

La collégiale de Neuchâtel a bien changé depuis notre enfance.

Refonte de nouvelle génération

Pas besoin d’y aller par quatre chemins, Bluepoint, le studio chargé du remake, a fait un travail fantastique. Le jeu est splendide et délicieusement fluide. Je ne peux que conseiller Demon Souls comme première expérience « Next Gen », malgré son statut de remake. Il est, à mon avis, bien plus impressionnant qu’un Assassin’s Creed Valhalla sur la même console. Les textures sont d’une finesse folle et on a l’impression que l’environnement reste détaillé, même à longue distance. Les effets de lumière sont également absolument bluffants. Et tout ça à 60 FPS. C’est juste un régal. Je ne cacherais pas que j’ai passé le 90% de mon temps de jeu à prier que Bloodborne connaisse le même sort glorieux.

N’ayant pas joué à la version originale sur PS3, je ne peux malheureusement pas comparer le gameplay. Mais j’ai trouvé impressionnant, pour un remake, à quel point le jeu est agréable à jouer en fin 2020. Demon’s Souls procure un feeling de jeu aux petits oignons, qui permet de vraiment prendre du plaisir à jouer, malgré les claques répétées que l’on se prend au cours des parties.

 

Demon's Souls Vénère pépère

Aidez votre forgeron local qui n’a reçu aucune subvention pendant le COVID (heureusement, il a le droit de fermer à 23h).

Cryptonarration

L’un de mes aspects préférés des Bloodborne, Dark Souls et maintenant Demon’s Souls, c’est la manière dont l’histoire est amenée au joueur. L’univers dans lequel on évolue reste très cryptique, voire par moment inaccessible dans certains de ses détails. Le jeu nous donne par contre toujours l’impression de progresser dans un monde qui nous dépasse. Même si nous ne saisissons, pour l’instant, pas l’intégralité de la composition, il y a bel et bien quelque chose à comprendre, quelque chose à creuser, un mystère insondable qui sous-tend l’ensemble. Très lovecraftien.

Il y a donc, pour moi, une certaine maestria dans la façon dont la narration est agencée. Au fil des individus étranges que l’on rencontre dans les recoins du jeu, de nouvelles pièces du puzzle, voire de nouveaux puzzles, voire l’ombre d’un éventuel puzzle, nous sont amenés au fil des dialogues. De la même manière, la mort répétée de notre personnage est intégrée dans la diégèse. Les personnages en parlent, c’est cohérent avec le monde et l’histoire: son âme étant bloquée dans le Nexus après chaque mort, afin qu’il puisse remplir une mission qu’il n’a pas choisie.

Et je peux tout à fait imaginer que ce format de narration ne soit pas au goût de tout le monde. Mais à une époque où l’on connaît quasiment le scénario complet d’un jeu après en avoir vu le trailer deux ans avant sa sortie, la nécessité de s’investir par notre curiosité pour découvrir l’histoire du jeu m’est agréable au possible.

 

Demon Souls c'est joli

Le jeu est simplement splendide. Même Maurice, ici présent, en arrive à être admirable.

C’est très tendance

Pour donner une idée des mécanismes obscurs présents dans le jeu, le système de « Tendances » en est le parfait exemple. Rien ne l’explique dans le jeu, à aucun moment. J’ai d’ailleurs fait mes deux premiers playthrough sans m’en soucier. Et pourtant, selon certaines de nos actions, la couleur ou tendance de chaque niveau, et de notre personnage, sont influencées vers le noir ou le blanc. Et lorsque l’on atteint l’état maximal, de nouvelles quêtes ou ennemis apparaissent, sans que cela soit indiqué nulle part dans le jeu. Ces quêtes n’étant pas du tout indispensables, elles pimentent l’univers du jeu d’une aura de mystère que je trouve délicieuse. Vous rencontrerez de nouveaux personnages étranges à chacune de vos parties, ne sachant ce qu’ils font là, vous en méfiant par habitude, mais toujours curieux de savoir où vous mèneront ces tête-à-tête surprenants.

 

Demon Souls c'est très joli

Lucette, perforatrice de lilas et tueuse de démons à temps partiel.

Magie, ferraille et rock & roll

Dans Demon Souls, on peut également créer son perso et le faire évoluer sur quelques axes principaux en fonction des statistiques que l’on choisit.

Que ce soit tout en force ou en dextérité. En adepte de la hache à deux mains, ou plutôt du katana. En faisant usage de sorts de soins ou de boule de feux. Ou simplement d’arc et de flèches. Des choix classiques, somme toute, mais néanmoins plaisants car ils changent drastiquement le gameplay et la difficulté du jeu. La magie remportant, de loin, la palme du « easy mode », permettant d’oblitérer ses ennemis de loin et vous évitant beaucoup de sueur et de manettes cassées. L’outil de création du personnage est d’ailleurs très complet (plus fourni que celui d’un certain jeu dystopique d’ailleurs). Et c’est un plaisir de perdre de nombreuses minutes à créer la tronche de celle ou celui qui va se la faire péter à répétition au fil de nos erreurs.

 

Demon Souls c'est sympa

Vous rencontrerez des gens autant paumés que vous en Boletaria, un vrai plaisir !

Le héraut de meilleures souffrances ?

Je ne vais pas y aller avec le dos de la tractopelle, ce jeu est une réussite quasi absolue pour moi (minus les quelques problèmes de caméra). Cela faisait longtemps que je n’avais pas été autant pris dans un jeu au point de le recommencer trois fois de suite [NDZyvon: Il dit ça parce que Destiny ne se termine pas.]. Au niveau technique, Demon’s Souls est somptueux et cela vient soutenir une direction artistique magnifique (dans laquelle on reconnaît bien les germes des Dark Souls et Bloodborne). L’expérience en 60 FPS est à la fois grisante et terriblement appréciable, dans un jeu où la précision est de rigueur.

Demon’s Souls est pour moi le jeu parfait pour démarrer sur PS5 et resentir cette fameuse « expérience Next-Gen ». Mais également pour s’essayer au genre, étant quand même bien moins difficile que Bloodborne (dans mon souvenir en tout cas). Et en parlant de ce dernier – le meilleur jeu du monde – je ne peux que réitérer ma supplication aux dieux du masochisme, de la sublimation et de la douleur, pour que From Software mandate Bluepoint pour lui offrir le même sort.

10 « vivement Bloodborne remake » sur 10

Disponible exclusivement sur PS5

Author: Teiki

Recrue la plus prolifique du mercato du marché suisse romand du jeu de mots à 5 syllabes, Teiki (El Matador pour les intimes) est LE nouveau ancien rédacteur de Semper Ludo. Il gravit vite les échelons et grâce à quelques coups de langue bien placé, le voilà déjà en train de remplacer Founet à l’animation de Podcast. Son talent de marchandage s’est créé tôt dans sa jeunesse où il devint un pilier de l’échange d’objet inutile dans Everquest. C’est certainement cet événement qui l’oblige inlassablement à jouer à des jeux avec du loot vert, bleu, violet et orange. Ancien champion de pétanque sans cochonnet, lors d’un accident de roulade, il dû se reconvertir à la randonnée avec les pieds. Son corps est un temple où seules les personnes qui ont enlevé leurs chaussures peuvent entrer.

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