Novembre, déjà?! Avec le mois d’octobre qu’on vient de se farcir et ses 666 sorties de jeux en même temps, on n’a pas vu le temps passer. Vous nous connaissez, notre philosophie c’est plutôt « hâte-toi lentement » et nous combattons la hype des « day one » avec autant d’acharnement que la mairie de Paris combat les punaises de lit. Les deux n’existent pas vraiment ou n’ont pas de raison d’être, en effet. Pour ma part, j’ai pris le temps de gravir une très haute montagne.
Quand on grimpe, on parle de « voie » et plusieurs voies peuvent conduire au même sommet. Certaines étant plus difficiles que d’autres, à chacun de choisir celle qui lui convient. Pour parler de Jusant, on ne va pas y aller par quatre chemins: c’est excellent. Ce n’est pas très long (petite dizaine d’heures environ), mais les mécaniques de jeu sont vraiment prenantes et les sensations de progressions et d’escalade fonctionnent de manière extrêmement fluide.
Mousqueton Teriyaki
Jusant est donc un jeu de grimpe et je vous invite à relire ma preview pour en connaître la définition détaillée. En bref, chaque main de notre personnage est associée à une gâchette de la manette et on oriente le stick pour chercher la prochaine prise. Simple et diablement efficace. Cette simplicité de gameplay laisse alors toute la place au choix du chemin à emprunter. En recommençant depuis le début, j’ai déjà pu faire l’expérience d’une voie différente, rendant les deux explorations suffisamment différentes pour ne pas être redondante.
On escalade donc ce piton, sans trop savoir pourquoi et la révélation finale, bien qu’au ton un peu candide, m’a collé un sourire bien mérité. La pénibilité de l’escalade et sa récompense au sommet. Plus que son scénario ou son sous-texte – que l’on devine rapidement à tendance écolo – c’est le plaisir d’appliquer ces mécaniques qui a renforcé ce sentiment d’accomplissement.
Varappe moi si tu peux
J’ai fait un peu de grimpes en amateur et j’ai retrouvé dans Jusant une certaine justesse dans le ressenti, très plaisant. Notamment cette alternance entre des moments assez pénibles, instables et demandeurs, puis une fluidité où l’on progresse de plusieurs mètres sans trop réfléchir parce que les mouvements s’enchaînent naturellement. Allez, si je pousse un peu l’analogie, paradoxalement, dans le jeu on ne contrôle pour ainsi dire que les bras, alors que le conseil numéro un de tous les connaisseurs sera de pousser plutôt sur les jambes (erreur que tous les débutants commettent, moi y compris bien entendu).
Toute la compréhension de Jusant passe par l’observation. Il n’y a aucun risque de tomber et de mourir. Débarrassé de ce poids, on se focalise sur ce qu’on a devant les yeux. La jauge d’énergie étant le seul indice visuel dans une interface épurée au maximum. Chaque caillou devient une prise potentielle et si on n’avance plus c’est qu’il faut chercher ailleurs. La couleur de la corde nous indique si l’on peut encore avancer ou s’il faut envisager un palier pour activer l’enrouleur.
Le vénérable du sommet
La chaleur étouffante du monde de Jusant se ressent jusque dans son gameplay. On pourrait presque sentir le soleil taper. J’ai adoré l’expérience et le fait que chaque niveau amène une nouvelle mécanique est synonyme de renouveau. Ingénieux, poétique, soutenu par une musique planante, Jusant m’a fait voyager et j’ai apprécié son ton mélangeant habilement mélancolie et majesté. Don’t Nod assure une production qui met plus en avant ses mécaniques que son contexte. C’est un fait bienvenu et suffisamment rare pour être signalé. À une période de l’année où tout allait très vite, la sortie de Jusant tombait … à pic.
Note: 9 Cliffhanger sur 10
Testé sur PC, disponible également sur Xbox Series X|S (et Game Pass) et PS5.