Les raids du père nordique. [ Assassin’s Creed Valhalla ]

Ahhh, un nouveau Assassin’s Creed ? Moi qui ai beaucoup aimé Odyssey je suis intéressé! Avec des Vikings? Largement inspiré tant visuellement qu’en termes d’ambiance de la série TV Vikings que dont j’avais adoré les premières saisons? Mais ça m’a l’air fort sympathique cette histoire! Non? Non… Assassin’s Creed

Si vous avez lu mon test du précédent opus, vous savez que je l’ai beaucoup apprécié. Si vous ne l’avez pas fait, ça peut être une idée intéressante de le faire maintenant, car je vais faire quelques comparaisons entre les deux dans la suite de cet article. Mais commençons donc par le début. Assassin’s Creed Valhalla se déroule entre la Norvège et l’Angleterre à l’époque des invasions Vikings. On a aussi l’occasion de visiter différents domaines des dieux nordiques et de faire une (trop) brève incursion dans le Vinland.

Rule Britannia!

Le joueur incarne le frère/soeur d’armes du fils d’un Jarl qui décide, pour un certain nombre de raisons, d’aller fonder une colonie en Angleterre. Cette terre nouvelle, productive et ensoleillée attise donc nombre d’appétits. Oui, pour un Norvégien de l’époque, les îles britanniques c’est comme les Baléares pour les retraités allemands de nos jours. Et comme à Majorque, le problème, c’est qu’il y a déjà des gens sur place. Il va donc falloir trouver un moyen de cohabiter. Ou de faire en sorte que les récalcitrants prennent la porte. Et si c’est les pieds devant, ça ira aussi. La majeure partie de la quête principale consiste donc à forger des alliances avec les gentils et casser les culs des méchants.

Là dessus, on retrouve une espèce de quête « à la Assassin’s Creed « , avec la fameuse secte des assassins qui a dépêché deux de ses membres auprès de nos valeureux Vikings, car ces derniers combattent, sans le savoir, les futurs templiers wannabe.

Petite pause dans mon décorticage du jeu pour faire une remarque sur l’univers d’Assassin’s Creed. Sans en être un spécialiste, j’ai toujours trouvé son lore historique très intéressant. Même si parfois, il me donne l’impression d’être inséré au chausse-pied dans certaines époques. Ici typiquement, on a l’impression que l’Angleterre est gangrenée de fond en comble par les templiers. Qu’ils ont un vrai impact, avec des connaissances plus avancées que ce que le joueur a pu rencontrer dans certains épisodes précédents et qui traitaient pourtant de périodes postérieures dans le temps.

Le HUD saison hiver 2020/2021

Le HUD saison hiver 2020/2021

Bref, j’ai eu de la peine à accrocher le wagon de trame Assassin’s Creed à la locomotive de l’invasion viking. Après, peut-être qu’un fanatique absolu trouvera de la logique dans des passages qui m’ont semblé étranges ou anachroniques. Note que ce n’est absolument pas rédhibitoire, mais j’ai eu un peu parfois le sentiment d’assister à des sortes de passages obligés. Et je ne parle même pas de la partie « de nos jours » de Assassin’s Creed qui devrait se faire encore plus rare et se contenter de cutscenes à mon humble avis.

À l’inverse, les confrontations avec les antagonistes historiques sont chouettes en jeu. Premièrement, des zélotes parcourent la carte, dans un système proche de celui des mercenaires d’Odyssey. Ils se révèlent souvent être de beaux challenges. Pour autant que votre niveau ne soit pas largement au-dessus du leur. Ensuite, les personnes à la tête de l’Ordre ennemi se découvrent en menant des enquêtes et en éliminant leurs sous-fifres. C’est classique pour la série, mais efficace et ça fonctionne toujours aussi bien.

Du sang et des larmes

Ceci écrit, voici un peu plus de détails sur la vie de Viking à l’époque, selon Ubisoft:

L’Angleterre est découpée en seize régions. Chacune a une difficulté recommandée par rapport au niveau du joueur. Seule une partie se visite de manière obligatoire dans la quête principale. Ceci permet de choisir, un peu, le challenge que l’on souhaite relever. Il est par exemple possible d’aller rapidement dans des zones très difficiles et de les jouer « à l’ancienne » (discrétion et assassinat), plutôt « qu’à la Viking ». C’est d’ailleurs l’une des seules voies de salut tant la différence de puissance rend les combats inégaux dans ces cas-ci.

À l’inverse, en suivant « l’ordre de difficulté » suggéré des diverses zones et en accomplissant tous les objectifs locaux, on powerlevel très vite. Et rapidement, on se retrouve surpuissant par rapport à la vaste majorité des obstacles. Attention néanmoins, parfois les développeurs laissent des oppositions bien plus costaudes que la difficulté d’une région l’indique. C’est tout le temps optionnel et ça incite soit à se surpasser, soit à revenir plus tard.

Assassin's creed Valhalla Banquet

Perdre le nord

Dans chaque région, il y a donc une quête principale « locale » et des dizaines de points « d’intérêts » (sic). L’histoire à suivre est presque toujours intéressante et assez bien scénarisée. Servi par une écriture potable et une mise en scène hétérogène, on se laisse porter par de petites saynètes qui devaient sans doute paraître plus épiques sur le papier et les trailers qu’in game. Ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais ce n’est jamais désagréable. On découvre un nombre incalculable de personnages secondaires. Et même si la plupart sont franchement oubliables, j’ai quelques bons souvenirs de passages dégageant des émotions pour l’un ou l’autre de ces tas de polygones. Ceux de la quête principale sont eux plus travaillés, même si j’ai moins accroché à leurs motivations que dans Odyssey (mais ça, c’est vraiment un sentiment personnel).

Et puis il y a les objectifs secondaires. Il y a d’abord les plutôt bien réussis, comme un sympathique jeu de dés dont on peut collectionner les pouvoirs spéciaux en gagnant des parties. Ou encore les joutes oratoires, sortes de batailles d’insultes poétiques, qui permettent d’obtenir, à force de pratique, des options de dialogues évitant parfois la confrontation dans diverses quêtes. On peut également citer les combats contre des animaux légendaires et autres créatures mythiques qui offrent des challenges souvent corsés et récompense le joueur avec divers loots (dont je tais les détails pour ne rien divulgâcher).

La carte sapin de Noel est de retour.

La carte « sapin de Noël » est de retour.

On trouve ensuite tout un tas de mini missions, qui vont du clin d’oeil hyper bonnard (spécial dédicace aux musicos punk alike de l’Essex, jouant leur fameux tube Smack my Bishop et qui te gueulent des « You are a firestarter! » quand tu mets le feu près d’eux), à des quêtes Fedex basses du front. Contenu inégal qui ressemble parfois à du remplissage. Dommage parce que dans le tas, il y a aussi du très bon, mais noyé dans la masse. Certains passeront sans doute à côté de pépites à cause de ce surplus.

Raid Dead Indigestion

Finalement, il y a tout le reste.:

  • Monter sur des tours. Si tout le jeu te balance à la figure qu’on est dans un Assassin’s Creed, tu pensais vraiment passer à côté de ça?
  • Des coffres de matos plus ou moins important à ne plus savoir qu’en faire.
  • Des papiers « d’Odin » à collecter en mode parkour, qui te donnent des nouveaux tatouages (perso, je trouve ça autant incohérent que débile).
  • De l’empilage de cailloux en mode cairn de bobo. Complètement inutile et qui ne colle pas du tout avec l’image que dégage Eivor le/la Viking badass-sans-merci-ma-bite-et-mon-couteau.
  • Des assemblages de pierre qui forment des symboles quand on trouve le bon point d’observation. Pas le truc le moins bien fait, mais il y en a un par région…
  • Un système de quêtes journalières donné par une guilde de gamins, qui marchande uniquement une sorte de roche non indiquée sur la carte. Permet, entre autres d’acheter du loot unique qui change régulièrement.
  • Le ramassage de reliques romaines. Alors si l’idée de base est plutôt chouette, encourageant la visite de ruines romaines souvent magnifiques. Finalement, on ramasse toujours exactement la même chose. Avec pour récompense, de la déco pour (cf. point suivant):
  • L’aménagement de sa colonie. Oui, on est aussi décorateur de village. Il va falloir ramener du loot pour construire les différentes échoppes pour se stuffer. On a également besoin de matos pour construire diverses bicoques qui donnent accès à des récompenses pour la chasse et la pêche (autres activités sympas sans plus, d’ailleurs). Et pour ce faire, il faut lancer des raids sur les églises du coin.
  • Si ce principe de raid viking est en lui-même vraiment amusant et plutôt bien fait. Il est, en pratique, assez mal intégré dans le jeu. Principalement pour des questions de logique narrative. Notre personnage est constamment en train de chercher les faveurs des locaux, en donnant des coups de main parfois à la limite du ridicule, pour ensuite défoncer allègrement les bâtiments les plus importants pour la population du lieu, en ramassant toutes les richesses possibles. Et ceci n’a AUCUN impact sur les relations avec les habitants de la région.
  • Autres activités franchement bizarres: on trouve des lieux maudits dans chaque région. Il faut détruire la source de la malédiction, un crâne rouge sorti tout droit de la déco d’une disco pour gothiques. Il y a entre deux et quatre lieux comme ça par région. De nouveau, on réitère le truc jusqu’à plus soif et pourtant, je n’ai trouvé aucune explication sur ce culte. Je n’ai pas encore fini le jeu d’accord, mais je n’en suis franchement pas loin et ce « truc » paraît juste être là pour occuper le terrain.
  • On trouve aussi des cartes aux trésors, parfois cryptiques, souvent intéressantes. Elles invitent à la réflexion… les trois premières fois. La récompense étant généralement une somme d’expérience moins importante qu’un simple coffre qui apparaît directement sur la map, accompagnée d’un modèle de… tatouage.
  • La pire activité de toutes: à certains endroits, vous pouvez tomber sur un polygone bleu flottant dans les airs. Si vous le touchez, vous êtes remplacé par votre alter ego du futur, qui va devoir faire du parkour dans le ciel sur des formes cubiques dégueulasses pour obtenir des… éléments de lore. Personnellement, en plus de trouver l’activité vraiment inintéressante et extrêmement incohérente, je suis complètement sorti du jeu à chaque fois. Le truc qui n’a rien à faire là. Beurk.
Les zolis zanimaux #chasse

Les zolis zanimaux #chasse

Bref, c’est l’indigestion. Dommage, car même si elles ne sont pas toujours révolutionnaires, ces activités prises une à une ne sont pas forcément mauvaises. Mais entre deux et quatre fois pour chaque « affaire » et par territoire. C’est juste pas possible. C’est un vrai problème de design de l’open world. Pourquoi ne pas avoir circonscrit chaque activité à une zone spécifique, donnant ainsi une originalité propre à chaque endroit? Chaque région ressemble tellement à celle d’à côté que j’ai eu l’impression de revivre le phénomène de visite d’un parc d’attractions de Far Cry 3. Sauf que dans ce dernier, c’était voulu.

Ragnarock & roll

Les passages dans lesquels on visite le monde des dieux nordiques souffrent moins de ce problème. Déjà, le jeu se permet d’introduire quelques nouveautés bienvenues au niveau du gameplay. Ensuite, ils nous racontent l’histoire des dieux nordiques de manière fort intéressante pour qui connaît un peu cette mythologie. Et surtout, à l’exception d’une ressource qui doit être récoltée de manière stupidement industrielle (même si c’est optionnel), les activités et autres événements sont uniques et bien mis en valeur. Tu vois Ubi, quand tu veux tu peux! Pourquoi ne fais-tu ça que par intermittence, hein?

Enfin, pour moi, le plus pénible et de loin c’est le sentiment d’incohérence qui m’a poursuivi durant tout le jeu. Autant après avoir roulé ma bosse dans tous les recoins de la Grèce antique (vraiment tous, hein) en pratiquant Assassin’s Creed Odyssey, j’avais vécu exactement l’inverse, autant là, j’ai l’impression qu’une bonne partie de ce que l’on rencontre sonne faux. Que ce soit ces activités posées partout pour éviter le vide (alors que justement ce vide peut donner de la force à d’autres espaces) ou ces raids sympas mais qui ne collent pas avec la motivation du protagoniste. Je pourrais continuer ainsi encore un moment mais vous voyez le tableau (si vous avez lu ma bafouille en tout cas).

C’est marrant parce avant de jouer à Valhalla, j’ai fait la moitié de Origins, et j’avais le même ressenti. Pour moi, Ubisoft avait, avec Odyssey, pris les bons côtés de ce périple en Égypte et avait amélioré ou éliminé ses lacunes. Mais en jouant à Valhalla, je retrouve plein de lourdeurs que je croyais disparues. Ça sent les jeux développés en parallèle, si vous voulez mon avis (et même si vous le voulez pas).

Assassin's creed Valhalla Fenrir Stonhege

Le monde change et nous devons changer avec lui. Ragnar

On a donc un jeu qui a ses moments, mais qui franchement me laisse un sentiment de gâchis. Ubisoft a produit comme presque à chaque fois, un monde magnifique. L’histoire, sans être exceptionnelle, tient la route et les protagonistes sont dans la moyenne de ce que l’on trouve dans un bon jeu vidéo. Mais entre les bugs, le nombre de passages incohérents, ceux répétitifs jusqu’à la nausée et l’absence d’une vraie finition, cet Assassin’s Creed finit par n’être qu’un jeu moyen dans une franchise qui n’en compte que trop. Ils ont trouvé moyen de régresser depuis Odyssey sur de nombreux points. C’est peut-être dû à la multiplication des équipes et donc du développement en parallèle, de diverses suites.

Il sait se faire beau quand même. Feat les becs de Bosson.

Il sait se faire beau quand même. Feat. les becs de Bosson.

Il n’empêche qu’Ubisoft a presque tout en main pour nous sortir une fois un chef d’œuvre. Ils possèdent maintenant une expérience considérable et des équipes rodées. C’est peut-être le moment de prendre le temps nécessaire pour mettre en chantier un jeu grandiose dans la lignée des trois derniers opus, mais avec à l’esprit des réflexions sur la cohérence d’ensemble, la finition et le juste dosage de chaque composant. Parce que sinon, on continuera à voir chaque fois le résultat de l’assemblage de bouts de jeux, par un Dr. Frankenstein rendu à demi fou par la pression de sortir un jeu tous les deux ans.

En attendant, si vous aimez les jolis open world dans lesquels il y a à faire pour une centaine d’heure et que pour une raison ou une autre vous ne voulez pas faire Assassin’s Creed Odyssey qui est, à mon avis, bien meilleur, alors Valhalla peut vous plaire. Parce que ce n’est pas non plus un mauvais jeu.

6 facepalm à cornes / 10

Testé sur PC, jouable sur toutes les consoles qui se respectent (sauf la Switch donc).

L’histoire d’un bon vieux bug des familles (et de sa ribambelle de cousins).

Lors de la quête principale, j’effectue un combat contre un bon gros boss, bourré de passages scriptés. Je le bute. Grosse cutscene dans un château, entouré d’une grande armée alliée. Il va falloir soutenir un siège et une monstre bataille s’annonce. Mais rien ne se passe. Si je me promène un peu, je vois des soldats qui fêtent la victoire et c’est tout. Le jeu est bloqué, mais il me laisse me promener sans que ça semble lui causer souci.

Problème de script qui ne se lance pas? Pour m’en assurer, je sauve et relance ma sauvegarde directement. Toujours rien. Je me dis: merde, je suis bon pour revenir plus en arrière dans le jeu. Bon, je tourne un peu dans le château et soudain, je détecte encore un ennemi dans un coin. C’est le big boss. Il est de retour. Sauf qu’il est là comme un ennemi normal. Donc toute mon armée l’attaque. Gros nawak. Il crève en deux secondes. Écran noir. Téléportation. La grosse bataille « normale » commence.

« C’était vraiment très intéressant ».

Le bon côté, c’est que finalement, le jeu est retombé sur ses pattes. En faisant trois saltos, et dans la pièce d’à côté oui peut-être, mais sur ses pattes quand même.

Ce genre là, c'est gentil.

Ce genre-là, c’est gentil.

On ne peut malheureusement pas en dire autant d’autres bugs. On a eu des échos de sauvegardes corrompues et je ne compte plus le nombre de retours Windows qui m’accablent.

Le pire étant que plus le jeu est patché, plus j’ai de problèmes. Ce n’est pas la première fois que ça se produit avec un jeu Ubisoft. Je serais eux, je ferais en sorte de changer certains processus de production et surtout de contrôle qualité.

Author: Zyvon

Élevé à la dure par des parents aux penchants amish, hermétiques à la technologie, l’accès aux jeux vidéo n’a pas été facile pour Zyvon. C’est en utilisant l’argent de sa bar-mitzvah, reçu lors de sa première communion, qu’il s’acheta lui-même un ticket pour les mondes diaboliques de la perversion sous la forme d’une Megadrive. #TeamSonic. Malheureusement, il vécu la crucifixion du hérisson bleu comme une trahison et renonça à jamais aux consoles, pour rejoindre les rangs bénis et accueillant de la glorieuse “PC Master Race”, en jurant qu’on ne l’y reprendrait plus. Son éducation sévère mais néanmoins rustique, lui a donné le gout des choses bien faites et faites jusqu’au bout. Zyvon est dur mais juste mais dur.

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