La patte vadrouille [The Lonesome Guild]

Le saviez-vous, les développeurs de jeux sont des êtres humains avant tout. Donc quand ils et elles vivent des événements marquants, il y a de fortes chances que leur travail s’en trouve impacté. Par exemple, une période de confinement mondial en raison d’une pandémie. Pas d’inquiétude, il ne sera pas question de maladie, de vaccins ou de masques respiratoires, mais d’adorables petits animaux qui font équipe pour débarrasser leur royaume d’un mal mystérieux appelé « Solitude ».

Récemment, je vous ai recommandé Keeper de DoubleFine, qui avait aussi été inspiré par un sentiment de solitude extrême vécu durant la période COVID. Dans The Lonesome Guild, le principe a été pris au pied de la lettre, puisqu’une brume toxique envahit les bois, pousse ses habitants à se retrouver seuls et amène des personnages que rien ne liait à s’unir. Tels des super héros, ils se choisissent un nom d’équipe : la « Guilde de la Solitude ». On ne cherche pas midi à quatorze heures et on s’embarque pour une aventure poétique dans un jeu de rôle d’action un peu candide, mais touchant.

The Lonesome Guild xbox paysages

Préparez-vous à voyager, dans de très jolis décors.

Ensemble singes (ou autres animaux) plus forts

Quand j’étais petit, j’adorais ces histoires, dans lesquelles des gens ne se connaissent pas, mais acceptent de voyager ensemble pour combattre un mal qui les menace tous et toutes. Dans les contes, mais aussi, bien entendu, le Seigneur des Anneaux ou les films comme Willow ou Conan le Barbare. The Lonesome Guild dispose de tous les codes d’une grande épopée de groupe. Au début, on ne contrôle que deux personnages : un lapin et un fantôme. Enfin pas tout à fait un lapin, parce que ce modèle est censé avoir des ailes dans le dos. Pas de bol, il est atrophié et a tenté de se les remplacer par des prothèses en bois qui ne fonctionnent pas des masses. C’est un Bourgarenne. Tous les personnages du jeu sont des croisements entre différents animaux, pour des résultats absolument adorables.

The lonesome guild xbox Davinci

Il s’appelle DaVinci, de toute évidence.

Chaque personnage a un objectif personnel à accomplir et c’est en faisant route ensemble qu’ils pourront tous y parvenir. Ce fantôme qui s’appelle « Ghost » (je vous ai dit qu’on ne s’encombre pas de détails, non ?), est amnésique et va servir de lien entre les membres de cette équipe d’âmes en peine.

Les Animaux du Bois de Quat’coups

Au fil de leurs pérégrinations, la guilde va s’agrandir jusqu’à 7 membres. J’ai personnellement un faible pour le « capybara » punk. Pourtant. On ne dirige que trois personnages à la fois. Libre à nous de choisir comment équilibrer le groupe. Dans la pure tradition de jeux de rôle d’action, on déplace nos héros vus depuis dessus en temps réel. Lorsque l’on rencontre des ennemis, l’interface change un peu pour afficher les caractéristiques de combat des trois actifs.

Les combats sont en temps réel. Un bouton sert à enchaîner les coups, un autre permet d’esquiver et les gâchettes permettent de déclencher deux coups spéciaux nécessitant un temps de charge. Basique, mais efficace. À tour de rôle, Ghost va fusionner avec un des aventuriers pour lui conférer des pouvoirs supplémentaires. Enfin, une jauge d’énergie se remplit selon les coups donnés et une fois celle-ci pleine, une pression sur Y déchaîne la fureur : une attaque combinée qui fait un maximum de dégâts.

The Lonesome Guild xbox chateau

La plus grande partie du jeu est tournée vers l’exploration et la résolution d’énigmes qui sont bien pensées pour la plupart.

Ghost ‘n copains

The Lonesome Guild représente une très bonne introduction au monde du jeu de rôle. On peut ainsi se frotter à un arbre de compétences et quelques objets permettent d’améliorer les statistiques des personnages. Mais ne vous attendez pas à des fadaises du genre « +2% de dextérité si équipée en main gauche par pleine lune », si chères aux joueurs de Diablo IV. Car, même si ça n’est jamais vraiment présenté comme tel, je pense que The Lonesome Guild est pensé pour un public jeune.

The Lonesome Guild xbox series ville cotière

Les régions visitées sont « vaguement » inspirées de régions de notre monde.

Ce constat m’a titillé les rétines à la lecture des dialogues. Ceux-ci, disons-le simplement, dégoulinent de bons sentiments. Pas que ce soit nécessairement une mauvaise chose ; j’aime quand les histoires se terminent bien et que les gentils gagnent à la fin. Mais un avertissement est de mise pour ne pas déchanter si on n’est pas préparé à parcourir ce jeu comme on lirait un conte pour enfants. Toute la thématique de la solitude est bien exploitée, comme trame de fond, mais aussi comme principe actif de la guilde. Ainsi, les relations entre les personnages peuvent évoluer, mais elles vont toutes dans le sens de l’union. La seule différence est que selon quelques choix de dialogues de Ghost, certaines relations se renforceront plus vite que d’autres.

The Lonesome Guild xbox feu de camp

Dans les jeux vidéo, les feux de camp servent à se reposer et regagner de la santé. Dans la vie, ils servent à se raconter des histoires. Ici, ils permettent les deux.

L’enfer c’est pas toujours les autres

Si le propos de The Lonesome Guild sur le besoin d’appartenance est très parlant, ce qui me plait dans le jeu c’est surtout son ambiance et son design, vraiment adorables sans renier un petit côté épique. Avec de magnifiques mouvements de caméra qui jouent sur les profondeurs, verticales et horizontales, on voyage avec les six héros. C’est un jeu que je recommande particulièrement pour des enfants, à partir de 10 ans seuls, car les textes sont parfois un peu longs et demandent probablement quelques explications de la part d’un parent. C’est typiquement le genre de jeu que j’adorais parcourir étant enfant moi-même et il me semble que c’est là une belle occasion de partir à l’aventure en famille.

The Lonesome Guild xbox dialogues

Chaque peuple doit envoyer un champion pour entrer au service d’un dieu. Mais quelque chose a mal tourné…

On aurait probablement pu apprécier d’y jouer à plusieurs. Certes, les quêtes secondaires sont un peu basiques. Et je dois reconnaître que la décision de ne pas donner accès à une carte en tout temps, mais seulement dans les campements, m’a valu plusieurs fois de ne pas retrouver aisément la personne qui m’avait confié une tâche. S’il faut tenir compte de ces défauts, je suis d’accord de fermer un peu les yeux (juste plissés, comme ça), surtout avec un prix en dessous de 30 CHF.

The Lonesome Guild xbox series carte

Les cartes de chaque région ne sont consultables que via des panneaux.

Bande de jeunes

Le jeu n’est pas particulièrement difficile. Il faut quand même avoir compris le système d’esquive et ne pas essayer de simplement taper en continu durant les combats. On a d’ailleurs pas mal ri à ce propos dans le podcast numéro 40. De même, la gestion des objets et de leurs effets pourrait demander un peu d’aide pour les jeunes. Enfin, dans l’idée de se servir du jeu pour amener un dialogue sur d’autres sujets plus larges, The Lonesome Guild permet aussi de discuter avec ses enfants de ce que ça apporte de faire partie d’un groupe, sur quelles ressources s’appuyer pour ne pas se sentir exclu ou de comment s’assurer de la solidité d’une relation.

Le studio espagnol TinyBull a très bien su s’inspirer d’un événement mondial pour en proposer une lecture fantastique et je salue ici la qualité de leur travail. Je pense que c’est le genre de jeu auquel, si j’y jouais aujourd’hui en tant qu’enfant, je repenserais avec nostalgie vingt ans plus tard.

Note: 8 Casper sur 10

Testé sur Xbox Series, disponible également sur PC et PS5.

Author: Founet

A ne pas confondre avec le village vaudois, est à peine plus jeune qu’une Famicom. Vouant un culte à George, il découvrit son amour du jeu vidéo et de la techno allemande pendant les grandes années de Lucas Arts. De ses nombreuses heures passées à cliquer lui vient son humour absurde et sa cleptomanie. Frappé d’une mystérieuse malédiction, les machines semblent se rebeller lorsqu’il les manipule ou fait mine de les regarder. Founet ne roule jamais en-dessous de 88 miles à l’heure et rêve de maîtriser la télékinésie grâce à la Force. En attendant de passer maître Jedi, il joue à la Wii U. Accessoirement rédacteur en chef, quand il arrive à se faire entendre des autres, qui mettent le son trop fort, les farceurs.

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