Réveil en fan-phare [Keeper]

À l’origine de ce jeu se trouve le sentiment d’isolement qu’un développeur a ressenti durant la période de COVID. À la vue des premiers visuels, on pourrait penser à l’image d’un « phare dans la nuit » pour guider les esseulés vers un regroupement. La métaphore va beaucoup plus loin que ça. Ou alors elle leur a totalement échappé. Dans tous les cas, on tient là une merveilleuse balade à la portée de tout le monde.

Keeper est la nouvelle production du studio Double Fine, que j’affectionne particulièrement. Leur dernier titre en date, Psychonauts 2 m’avait spécialement captivé. J’ai eu le plaisir de rencontrer Tim Schaffer, directeur du studio, lors du salon de la Gamescom 2025. C’est lors de cette discussion, que nous avions appris que l’origine de ce jeu remonte à la période COVID. L’un des membres de l’équipe de développement avait suggéré de mettre en scène le sentiment de solitude éprouvé lors du confinement.

C’est donc autour de ce concept que se construit Keeper. On n’y trouve alors aucun texte, aucun dialogue et très peu d’indications à l’écran. C’est donc l’exploration qui servira la narration. Dans un monde ultra coloré, on incarne un phare. Sans trop que l’on sache pourquoi, celui-ci s’est soudainement mis à pouvoir bouger. En bricolant des « pattes » avec du matériau de récupération, le voilà en mesure de se mouvoir. Sur la manette, le stick gauche sert à se déplacer et le droit à orienter la lumière qui émane en continu du sommet du phare. Assez rapidement, un oiseau appelé Brindille se perche sur ce même sommet. Il nous servira à interagir avec certains éléments du décor, par exemple un objet à ramasser ou manipuler.

 

Keeper XBOX éclairage

C’est le phare à on. Le chef de nous.

Phare-niente

Dans Keeper, il n’y a pas d’ennemis, il n’y a pas de menace, on ne peut pas perdre ou tomber dans un trou. Simplement, on se balade. Le chemin est unique et les quelques croisements rencontrés sont seulement là au service de points de vue sur le monde, ou d’énigmes à résoudre. Ces dernières ne sont jamais très difficiles, sans être monotones pour autant. Elles font d’abord appel à la lumière qu’il faudra orienter aux bons endroits. Progressivement, d’autres mécaniques seront ajoutées pour diversifier l’expérience. Notamment un retournement de mi-parcours que je n’avais pas vu venir!

Cette facilité d’accès fait de Keeper un très bon jeu pour se détendre, en explorant sans pression et en s’accordant le temps de laisser sa lumière se promener sur les décors pour voir ce que cela va provoquer. Ici des fleurs et plantes éclatantes qui se mettent à pousser. Là une poule interrompue dans son repas qui simule sa mort pour mieux se relever dès qu’on ne l’éclaire plus. Les environnements fourmillent de petits détails.

 

Keeper XBOX énigme

Le genre d’énigme, juste ce qu’il faut de réflexion.

Sortir du brouillard

Ce sont également de très bons arguments pour permettre à des enfants de s’initier aux jeux vidéo. Un joli terrain d’entrainement avant de s’élancer sur des jeux plus complexes. C’est assez fou d’ailleurs d’avoir réussi à faire passer des émotions par un vieux bâtiment qui boitille, en traversant des cavernes vers une ville, en passant par des forêts et autres plages. Le monde qu’on explore semble tout droit sorti d’un film de Tim Burton.

 

Keeper XBOX sauvegarde

Pas de crainte à avoir sur le moment de quitter le jeu, on nous indique combien de temps s’est écoulé depuis la dernière sauvegarde automatique.

 

Comme dans un film d’animation, certaines séquences peuvent sembler un peu plus impressionnantes pour les plus jeunes (lieu sombre, musique plus inquiétante, créature imposante en arrière fond sans que l’on interagisse directement avec elles). C’est alors l’occasion de rappeler que ces moments sont aussi bons pour les développements émotionnels et relationnels ! Ces passages permettent d’expliquer aux enfants que ressentir ces émotions à ce moment est normal et que cela ne va pas durer, puisqu’il y aura résolution ensuite.

 

Keeper XBOX ville

On rencontre également de drôles d’habitants.

Lutter contre le cas phare

Je recommande très volontiers Keeper, que vous soyez adroits ou adroites de la manette ou en phase d’apprentissage, jeune ou moins jeune. J’ai beaucoup aimé son côté déambulatoire qu’on ne peut comprendre réellement qu’ayant les commandes en main. Il faut compter environ cinq heures pour le terminer, ce qui en fait une expérience équilibrée.

Je trouve également particulièrement intéressant de voir qu’un événement mondial comme le COVID donne lieu, cinq ou six ans plus tard, à des productions culturelles qui intègrent explicitement ou implicitement des éléments ressentis. Si les jeux vidéo n’influencent pas la réalité, les contraintes de cette dernière, en revanche, influencent fortement la création de jeu… Lumière est faite!

 

Keeper XBOX falaise

Il y a des moments où l’on s’arrête pour contempler la vue.

 

Note: 9 bretons sur 10

Testé sur Xbox Serie X, également disponible sur Serie S et PC, compris dans le Game Pass.

 

Author: Founet

A ne pas confondre avec le village vaudois, est à peine plus jeune qu’une Famicom. Vouant un culte à George, il découvrit son amour du jeu vidéo et de la techno allemande pendant les grandes années de Lucas Arts. De ses nombreuses heures passées à cliquer lui vient son humour absurde et sa cleptomanie. Frappé d’une mystérieuse malédiction, les machines semblent se rebeller lorsqu’il les manipule ou fait mine de les regarder. Founet ne roule jamais en-dessous de 88 miles à l’heure et rêve de maîtriser la télékinésie grâce à la Force. En attendant de passer maître Jedi, il joue à la Wii U. Accessoirement rédacteur en chef, quand il arrive à se faire entendre des autres, qui mettent le son trop fort, les farceurs.

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