Lutter contre la montée du fascisme à grand coup de pelle [Indiana Jones And The Great Circle + DLC The Order of Giants]

S’il n’est plus à prouver que le cinéma devrait ficher la paix à Indiana Jones, le monde du jeu vidéo se profile pour lui rendre hommage. Contre toute attente, on tient là un meilleur film sous forme de jeu, qu’un jeu sous forme de film. La sortie récente de la version Switch 2 est une bonne occasion pour en parler, ainsi que de son DLC qui vaut le détour.

Quand Bethesda a annoncé Indiana Jones and The Great Circle, j’étais un peu sceptique. La dernière fois que j’avais croisé l’archéologue dans un jeu, c’était Indiana Jones et le sceptre des rois (Wii) dont je n’ai pas gardé un souvenir impérissable. Sans compter les déclinaisons Lego, c’était surtout Greatest Adventure (SNES) et l’inoubliable Fate of the Atlantis (PC) qui m’ont marqué. L’espoir était revenu en apprenant que c’est le studio MachineGames qui allait s’en occuper et à qui on doit les reboots de Wolfenstein. On resterait ainsi bien dans la thématique de l’élimination de nazis. Mon attention a fini d’être captée quand j’ai entendu Axel Torvenius, directeur créatif, insister sur les énigmes plutôt que sur les combats. En selle, l’aventure appelle.

 

Une silhouette reconnaissable immédiatement.

La légende

Indiana Jones. J’ai toujours su qu’un jour tu reviendrais en franchissant ma porte.

Indiana Jones and The Great Circle est un jeu à la première personne dans laquelle on incarne Jean Valjean. Logique. Puisqu’on ne peut pas voir le héros légendaire à l’écran, il va falloir miser sur tout le reste pour ne pas oublier qu’on incarne l’archéologue au chapeau Fedora. Alors MachineGames n’a pas lésiné et mis le paquet. Tous les curseurs du cahier des charges « Indiana Jones » sont à coin, pour un résultat qui sent bon l’hommage passionné.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien Introduction

Hé, je connais ce plan !

 

À commencer par le premier niveau, qui sert de tutoriel, dans lequel on rejoue l’intégralité de la séquence d’ouverture mythique des Aventuriers de l’Arche Perdue. Mais également le sound design, avec ses bruitages reconnaissables d’emblée (coups de poings, revolver, fouet). Les musiques, qui enchaînent les emprunts aux thèmes de John Williams. Le doublage avec l’emblématique voix de Richard Darbois en français. Et bien évidemment la tête d’Harison Ford qui a été collée sur l’acteur Troy Baker pour les cinématiques.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien codes

Un jeu dans lequel on fait bien plus souvent travailler sa cervelle que ses muscles.

 

Je ne vais pas le cacher, le fan que je suis était plus que ravi en démarrant cette nouvelle aventure. On se sent à la maison. Pourtant, le critique intransigeant que je suis (si si, arrêtez de rire au fond) a vite tenté de mettre tous ces artifices de côté pour ne pas se laisser éblouir et se concentrer sur l’important : le gameplay. Et combattre des nazis.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien pistolet

Un pistolet emblématique, mais qu’on n’utilisera que très rarement. Tant mieux !

Tu as choisi judicieusement

Je n’ai été déçu par aucun des deux. Soyez rassuré, il y a aussi un aspect négatif sur lequel je reviendrai plus tard. Mais d’abord, le kiff. MachineGames a aussi su retranscrire l’esprit d’Indiana Jones dans la manière de jouer. La plupart du temps, on explore des temples, on récolte des artefacts, on évite des pièges et on résout des énigmes. Celles-ci sont d’ailleurs assez cool et innovantes. Notre professeur Jones sait bien sûr se battre et utiliser des armes, mais ce n’est pas son mot d’ordre premier.

En réalité, la confrontation n’a lieu que lorsque l’on n’a pas été assez discret. Lorsque ça arrive, il n’est pas conseillé d’enchainer les droites tel un Assassin’s Creed, avec les ennemis qui font gentiment la queue pour se prendre une rouste. Comme dans les films, la fuite est une stratégie tout à fait valable. Surtout qu’elle permettra de cueillir les ennemis, en sécurité, un par un.  Parce qu’ils sont cons. Mais alors très très cons.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien Rome

L’action se déroule en 1937 et débute dans une ville de Rome envahie par les Chemises noires de Mussolini.

Junior, il me semble que ces gens sont idiots. Je sais, Père !

Normal, ce sont des fachos. Qu’ils soient nazis ou « camicie nere » à Rome, nos extrêmes droitards ont l’intelligence d’une chaufferette de terrasse en plein mois d’aout à Nice. Ils n’entendent quasi rien, ne s’alertent pas facilement et nous oublient assez vite dès que le bout de notre chapeau disparait de leur champ de vision. Je me suis amusé plusieurs fois à frôler leurs talons en me faufilant dans leur dos. Probablement l’une des représentations les plus réalistes des fascistes en jeux vidéo. C’est aussi l’une des rares fois où l’on pourra considérer qu’une « mauvaise » IA des ennemis est en réalité intégrée dans la narration.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien ennemis

Je suis sur le point de lui piquer son goûter. Et il ne voit rien.

 

Il arrive quand même qu’on se fasse repérer. À partir de là, toute une ribambelle d’objets de l’environnement pourra être utilisée comme objets contondants. Il y a aussi des fusils, mais je ne les ai quasiment pas utilisés dans tout le jeu. Rien ne vaut une guitare ou une poêle à frire pour mettre un terme à un débat avec un fasciste. Le fouet, indissociable du personnage, amène également une mécanique plaisante, puisque l’on peut s’en servir pour faire tomber, désarmer, ou entraver les ennemis selon la partie du corps visée. Ça claque !

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien éclairages24

La gestion des éclairages dynamique renforce l’impression d’immersion lorsque l’on explore à la lueur d’une bougie.

L’archéologie est la science des faits, pas de la vérité.

Après ce tutoriel et une introduction dans le Marshal College, l’aventure d’Indiana Jones and the Great Circle débute à Rome. On voyagera ensuite aux quatre coins du monde, sur la trace du mythe du Grand Cercle. Une théorie fumeuse qui voudrait qu’un cercle puisse être dessiné en reliant des monuments tout autour de la planète. Alors que, déjà, tout le monde sait qu’elle est plate. Les abrutis de marcheurs au pas de l’oie, eux en sont convaincus. Une course contre la montre va se lancer pour dénicher des artefacts mystérieux avant que Emmerich Voss, archéologue allemand, ne mette la main dessus pour le compte du Führer.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien Archives Vatican

L’ambiance du premier niveau, à Rome et dans les archives du Vatican, est fabuleuse.

 

J’adore cette ambiance et chaque pays visité sera l’occasion de relever de nouveaux défis, accompagné par la journaliste italienne Gina Lombardi. Cette dernière est à la recherche de sa sœur, disparue tandis qu’elle travaillait sur le mythe du Grand Cercle. On est bien loin des personnages féminins de Willie (Temple Maudit) et Elsa (Dernière Croisade), pour s’approcher de quelqu’un de bien plus débrouille, comme Marion (Aventuriers de l’Arche Perdue) ou Sophia (Mystère de l’Atlantide). C’est quand même bien, le 21e siècle.

 

Un X ne marque jamais l’endroit

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien temple

Temples, mystères, énigmes; les ingrédients de la recette sont là et le résultat est délicieux (en plus d’être visuellement impressionnant).

 

Puisque le Dr Jones est habitué aux voyages, on va excaver les deux points que je reproche à Indiana Jones and the Great Circle. Si chaque contrée visitée est pensée comme un monde semi-ouvert, qui se laisse explorer comme on l’entend, MachineGames a cru bon de les remplir avec des éléments à ramasser et à collectionner. Les chercher prolonge sacrément l’expérience de jeu, mais pas son intérêt. Mon deuxième reproche y est directement lié : le level design ne s’y prête pas. Il y a une carte « dessinée » à la main de chaque région, mais il est très difficile d’identifier quelles zones est concernée, par où passer, etc. Les niveaux sont très bons dans leur rôle de « tombeau à explorer », mais on s’y perd quand on essaie de ramasser les artefacts.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien Egypte

Je l’ai découvert un peu tard, mais… il y a dans chaque pays des poteaux indicateurs qui permettent un voyage rapide d’un lieu à un autre !

 

Sa place est dans un PC ! (ou pas forcément)

The Great Circle est typiquement l’un des exemples pour lesquels je trouve que le système PEGI est trop « rigoureux » en l’affublant d’un logo 16 ans. Bien entendu qu’il y a de la violence, mais elle n’est pas plus exacerbé que dans les films, qui sont déconseillés aux moins de 12 ans. Surtout qu’il s’agit d’un jeu qui se « suit » très bien comme spectateur ou spectatrice à côté de la personne qui joue.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien combats

Les arènes de combats, typiquement, vous pouvez les ignorer. Elles n’apportent rien de bien excitant.

 

Le jeu a beau être sorti il y a bientôt un an, la version Switch 2 a été mise en vente dernièrement. Dans un portage qui semble-t-il, est de très bonne facture. FPS oblige, la fonction « souris » de la console est utilisable. Quand des jeux rentabilisent les gadgets improbables de Nintendo, ça vaut toujours la peine de le signaler.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien livres

Certaines ressources, en revanche, valent la peine d’être récupérées, car elles permettent de débloquer de nouvelles compétences.

 

Ah, j’adore Venise (et Rome)

Mais « l’actualité » la plus intéressante est la publication du DLC L’Ordre des Géants. Non seulement celui-ci est axé sur un ajout narratif, donc toute une nouvelle quête à réaliser et pas juste du contenu cosmétique ou de « scoring », mais il a surtout le bon goût de le faire se dérouler à Rome. C’est déjà la région la plus chouette à parcourir dans le jeu original. Dans une ambiance pseudo DaVinci Code on va explorer des secrets passionnants du Vatican, impliquant une secte adoratrice du Minotaure. J’avais déjà beaucoup aimé The Great Circle et ce DLC prolonge le plaisir exactement comme il faut, d’une durée juste parfaite. Notamment avec des énigmes à résoudre loin d’être évidentes et un final… au plaisir kitsch à souhait.

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien Ordre des géants

Le lieu de départ du DLC, L’Ordre des Géants est déjà magnifiquement empreint de mystères.

Fortune et gloire, petit, fortune et gloire

The Great Circle est un must. MachineGames Studio ont l’air de s’être fait plaisir en bossant sur cette licence mythique. Ils ont réussi le défi, pas évident, d’en faire avant tout un bon jeu, avant de profiter d’une bonne licence. Le gameplay est prenant, notamment parce qu’il mise plutôt sur la résolution d’énigme, l’exploration et l’action environnementale plutôt que sur des affrontements. Tout le paquet démontre un grand respect de la saga cinématographique. On retrouve de multiples allusions à des événements ou personnages emblématiques dans les nombreuses notes et commentaires à dénicher. Un peu comme le faisait avec brio Batman : Arkham Asylum. Ces clins d’œil ne s’arrêtent pas aux films, puisqu’il est aussi question d’éléments issus de romans, de BD, ou d’autres jeux, voire même des attractions !

 

Indiana Jones et le Cercle Ancien easter egg

J’ai la réf !

 

J’ai beaucoup aimé cette nouvelle aventure d’Indiana Jones. Son approche et son scénario m’ont beaucoup plus accroché que les deux derniers films, jusqu’à un climax improbable que je n’avais pas vu venir, mais que je trouve très cool. Mon seul regret est donc l’ajout inutile d’objets à collectionner dans un level design qui ne s’y prête pas trop. Je ne peux m’empêcher de voir une tentative pour « rajouter du monde ouvert dans mon Indiana Jones ». Ce n’était pas nécessaire, mais ça ne dénaturera pas votre aventure si vous décidez de passer outre.

Note : 9 il s’appelle comme le chien sur 10 (et pareil pour le DLC).

Testé sur Xbox Series X. Disponible également sur PS5, PC, Switch 2 et inclus dans le Game Pass.

 

 

 

 

Author: Founet

A ne pas confondre avec le village vaudois, est à peine plus jeune qu’une Famicom. Vouant un culte à George, il découvrit son amour du jeu vidéo et de la techno allemande pendant les grandes années de Lucas Arts. De ses nombreuses heures passées à cliquer lui vient son humour absurde et sa cleptomanie. Frappé d’une mystérieuse malédiction, les machines semblent se rebeller lorsqu’il les manipule ou fait mine de les regarder. Founet ne roule jamais en-dessous de 88 miles à l’heure et rêve de maîtriser la télékinésie grâce à la Force. En attendant de passer maître Jedi, il joue à la Wii U. Accessoirement rédacteur en chef, quand il arrive à se faire entendre des autres, qui mettent le son trop fort, les farceurs.

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