Le grand remplacement c’est maintenant ? Plus besoin de sortir de chez soi, on peut tout faire depuis la maison? Si cette idée vous rappelle des mauvais souvenirs, soyez rassurés, l’E3 a beau être mort, le concept de salon du jeu vidéo a encore de beaux jours devant lui.
L’avant-dernier week-end de mai, il est arrivé un truc bizarre. Non, pas la canicule la plus chaude d’Europe depuis 2003. Ça, Pascal Praud a bien expliqué que ce n’est pas si inhabituel, puisque lui-même quand il était enfant, une fois, il a mis un short. Alors! Tandis que la majorité du pays acclamait nos valeureux hockeyeurs, pour ma part je me connectais à Endix, premier salon de jeux vidéo intégralement virtuel. C’est mon expérience que je vous relate ici.

Pas d’emballement, tout n’est pas visitable et la ville en arrière-plan est plutôt une vitrine promotionnelle.
Tourisme virtuel
Lancé en 2022 (l’ombre du COVID n’est pas loin), Endix est pensé comme un salon type E3, Tokyo Game Show ou Gamescom mais uniquement en ligne. Cette idée qui ferait frémir tout aficionado de Black Mirror, s’inscrit pourtant dans une logique environnementale qui progresse de plus en plus. La grande démocratisation du jeu vidéo dans les années 2000 s’est accompagnée d’un sentiment d’accélération. Là où il était tout à fait envisageable, voire même acceptable, que l’information se traite lentement auparavant, organiser un gros événement pour balancer les nouveautés annuelles est devenue beaucoup plus risqué en termes de stratégie marketing. On peut aussi imaginer qu’il en va de même en termes de couts.

Comme à la Gamescom, certains « stands » se parent de décors à taille réelle. Ici, le bar de Dave the Diver pour promouvoir le DLC, In The Jungle.
Les événements « physiques » sont donc devenus plus rares et moins « rentables », puisqu’il est devenu tellement facile aujourd’hui de se servir des moyens d’information et de communication en ligne. Les influenceurs et influenceuses se sont fait une place à coup de coude et les journalistes n’ont plus la primeur. Ne voyez pas là de la nostalgie mal placée, à la « grande époque » du journalisme jeu vidéo, il y avait déjà un paquet de gens peu fiables, facilement influençables par des cadeaux ou la présence d’hôtesses d’accueil et développer un esprit critique était déjà une noble cause nécessaire.
Clairement, une partie de ces journalistes sont maintenant devenus des « influenceurs » qui ont justement aussi peu d’esprit critique que Scooby-Doo. Un jour, je vous raconterai peut-être mon expérience d’un an dans un groupe Whatsapp de « journalistes » après une invitation malencontreuse à le rejoindre après la Gamescom 2025. Ce sera pour une autre histoire, mais je peux déjà vous dire que ça ne volait pas haut. Bref, dans ce contexte, miser sur un événement « en ligne » géant semble être parfaitement logique dans le contexte (que l’on peut néanmoins regretter) actuel.
Une petite vibe Ready Player One
Endix s’installe comme un jeu via Steam. Je crois avoir compris que tout le monde peut y accéder mais je ne suis pas complètement sûr. Paf, paie ton journalisme de qualité… Très honnêtement, l’organisation était un peu folklorique. Malgré des échanges de mails très cordiaux en amont avec le service presse, je crois que les pauvres ont été un peu débordés. J’y suis donc allé en mode totalement freestyle et l’année prochaine je demanderai plus de clarifications à l’équipe d’accueil. J’avais donc reçu une invitation « presse » mais ensuite il est devenu compliqué de trouver des informations sur la marche à suivre. Sans peur ni attentes particulières, je me suis connecté. J’aurais pu prendre le temps de créer un avatar avec leur outil assez complet il faut le dire. Mais je ne suis pas venu là pour la coquetterie, moi je veux voir du jeu!
J’ai sélectionné un avatar déjà fait et j’ai choisi une session et c’est parti. Je me retrouve alors catapulté dans un environnement en 3D, avec des textures très pauvres et lisses. Les contrôles sont très basiques : avancer, reculer, gauche, droite, sauter, interagir. Le tout est assez rigide. J’ai la même sensation que si je jouais à un jeu comme All-Ways Up. Ah ben tient d’ailleurs, les créateurs ont rajouté une zone qui reprend le concept, au sommet d’un immeuble. J’irai y faire un tour plus tard.
Autour de moi, il n’y a pas foule, mais je croise d’autres visiteurs qui ont des comportements erratiques, entre rester immobiles, courir et sauter partout. Le principe est assez clair, on se balade dans ce monde, comme on le ferait dans les grandes halles de la Gamescom. Des petits stands sont disposés derrière des portes, au-dessus desquelles se trouvent des immenses panneaux indiquant le titre du jeu présenté. Une fois la porte passée, on a droit a une mise en scène plus ou moins développée (exactement comme on trouve des décors grandeur nature à la Gamescom), mettant en évidence des éléments propre au jeu. Une borne est à disposition qui, lorsqu’on l’active, nous envoie directement sur la page Steam. Pratique pour ajouter à la liste de souhait.

Dans un petit « salon », la bande-annonce tourne en boucle, on peut poser des questions à une personne (je l’espère) présente sur place et se connecter à la page Steam.
Please Welcome
De temps en temps, on tombe sur des gens de l’équipe du jeu en question. Ils sont reconnaissables par leur pseudo d’une autre couleur et ils lancent des petits messages dans le chat du genre « Bienvenu, je suis à votre disposition si vous avez des questions ». Puis ils restent immobiles. Pas du tout flippant. Sauf une fois, où j’ai vu un avatar de femme sauter sur place face au mur. Est-ce qu’un avatar peut faire un AVC? Le chat, justement, peut être de proximité pour s’adresser aux gens dans la même salle, ou alors global et tout le monde peut lire le message de Dollppin demander « où se trouve le “Frozen District”? ». Je dois dire que j’étais un peu sceptique, mais assez vite l’ambiance est conviviale. Les gens se donnent des conseils ou cherchent à établir un contact. C’est plutôt bon enfant.

Les salons sont décorés avec plus ou moins de style. Ici celui de Hela, que j’ai trouvé charmant avec son diorama forestier.
Une carte permet de se téléporter, heureusement, parce que c’est un peu relou au bout d’un moment de tout traverser. Faudra qu’on en parle aux organisateurs de la Gamescom, tiens. Puis je déambule, je passe d’un stand à l’autre. Je tombe sur un « rendez-vous presse » par hasard, exactement comme quand on est à Cologne, avec un ou une membre de l’équipe du studio qui présente son jeu à cinq ou six personnes en rond. Pas de bol, c’est en russe, alors je reprends mon chemin.

Un cinéma spécial « horreur » avec des extraits et bandes annonces. Pour public averti, mais en fait, ça va.
And the nominees are..
L’expérience était assez marrante au final. Un peu difficile d’en comprendre les tenant et aboutissant, mais l’idée de pouvoir ainsi découvrir plein de jeux n’est pas bête. Le communiqué de presse annonçait qu’on pourrait directement essayer les jeux, mais je n’en ai vu aucun de jouable. Peut-être est-ce encore moi qui ai raté une case. De la même manière, l’immense île THQ m’a paru un peu surfaite avec son immense galerie de jeux déjà sortis depuis belle lurette. C’est plutôt des studios plus discrets que j’ai repéré des idées intéressantes, comme :
Under a rock, un jeu de survie sur une île avec des créatures fantasque.
Hela : of Mice & Magic, déjà entre aperçus lors d’un Nintendo Direct, jeu de plateforme coopératif à la superbe direction artistique
Forgery Craft, une simulation de faussaire
D-Extinction, un survival horor avec des dinosaures
Et particulière Dreampainters, qui semble reprendre des codes de Portal pour propose des énigmes autour des couleurs et de la peinture.
Si la curiosité vous titille, l’ensemble des jeux présentés sont listés ici.
L’expérience était amusante. Je pense que j’y retournerai lors de la prochaine édition annoncée pour cet automne. En revanche, je me suis quand même senti drôlement seul, malgré la présence d’autres visiteurs. Les organisateurs viennent d’annoncer les chiffres de plus de 10,000 téléchargement sur Steam et Epic. Si Endix représente certainement une alternative plaisante, surtout si tout le monde ne peut pas se rendre physiquement dans un salon, j’en suis quand même ressorti avec la pensée agréable que c’est en partageant de vraies rencontres et en visitant de réels stands qui sentent un peu la bière qu’on se marre le plus. Ça, ce n’est pas prêt de disparaître.





